Samedi 21 Avril 2018, 10:01     Connectés : 5      Membres : 4


Mot de passe oublié ?

Pas encore de compte ?

Final Fantasy XV

par Iosword 08 Déc 2016 10:30 100

Les histoires mettant en scène des arlésiennes finissent rarement bien. Une décennie, ce n’est pas seulement interminable, c’est suffisant pour se perdre en route, pour s’aliéner ses anciens collaborateurs, pour transformer une possible révolution en reliquat du passé. L’orgueil originel ne survit guère aux ravages du temps, et que reste-t-il alors, sinon les rêves fous des zélotes ayant voulu y croire ? Je n’ai pas la prétention de savoir ce que Final Fantasy XV léguera à l’Histoire, ni celle de comprendre le fardeau qui fut celui des hommes et femmes qui se succédèrent pour lui donner vie. J’ai en revanche la suffisance des critiques, estimant que toute œuvre puisse être jugée pour ce qu’elle est et non pas ce qu’elle aurait pu être. D’un Versus XIII, aux mille visages, à un Final Fantasy XV, estropié, les fantasmes se substituent à une dure réalité.

 

Dans l’œil du cyclone.

 

N’allons pas trop vite en besogne. Lors des premières heures en son sein, Final Fantasy XV est un jeu plaisant qui nous plonge dans un monde étrangement fascinant. L’univers d’Eos est moderne, contemporain, un lieu où les chocobos côtoient les voitures de luxe, où chaque restaurant fait aussi office de repère pour les chasseurs cherchant leur prochain contrat, où station balnéaire et daemon partagent le même banc de sable. Les régions que nous explorons sont déroutantes, incohérentes même si nous essayons d’y appliquer des raisonnements logiques, mais cela serait oublier que la licence s’est avant tout bâtie sur un imaginaire commun fait de héros, de cristaux, de béhémoth, et d’un mal absolu à vaincre. Qu’importe si remplir le réservoir de la Regalia nous coûte 10 gils que celui-ci soit vide ou presque rempli, ou que la zone soit construite autour de routes et presque uniquement composée de stations-services et de plaines sauvages, cela nous sommes prêts à l’accepter.

 

  

La plus belle boustifaille que vous verrez dans un jeu, ne niez pas.

 

À vrai dire, au début, Final Fantasy XV nous attendrit. Son level design est maladroit et la Regalia, qui ne peut s’extirper des voies, bride l’exploration plus qu’elle ne l’encourage – heureusement, la conduite automatique et la téléportation sont possibles, sans parler de la location de chocobo qui deviendra notre moyen de déplacement de prédilection. À bien y regarder, les murs invisibles et autres barrières artificielles pullulent, nous forçant à emprunter des chemins choisis et pensés par les développeurs. Pire, le contenu qui nous est proposé est presque exclusivement composé de quêtes FedEx indignes de notre rang. Nous, Noctis Lucis Caelum, prince héritier de Lucis, tuons des monstres pour pacifier les terres, partons à la recherche de rainettes pour la biologiste locale, allons récolter des oignons et autres denrées dans les fermes pour satisfaire les marchands de la seule vraie ville de cet open world. Nous, le Prince, sommes finalement relégué à la place de simple chasseur devant composer avec de nombreux aller-retours et ne pouvant accepter qu’un seul contrat de chasse à la fois – cette limite ne vaut heureusement pas pour les quêtes secondaires.

Quand l’aurore pointe et que la fatigue nous guette, nous nous mettons à la recherche d’un sanctuaire pour y planter notre tente – ou d’un hôtel. Là, Ignis, conseiller et majordome, cuisinera pour le plaisir de notre panse virtuelle – et de nos yeux, les recettes étant magnifiquement modélisées. Chaque plat offre des buffs temporaires importants et trouver des recettes de cuisine, plus qu’un simple jeu dans le jeu, deviendra essentiel – pour cela, il vous faudra entreprendre un voyage culinaire chez les restaurateurs locaux, trouver des ingrédients, observer l’environnement et augmenter le niveau de la compétence associée. Gladiolus lui, notre garde du corps, nous proposera de nous entraîner, et Prompto, vieil ami et jeune naïf exubérant, partagera les clichés pris lors du jour qui vient de s’écouler. À vous de choisir de sauvegarder ou non les photographies –  ce que je vous conseille.

Bien que cela puisse paraître absurde, c’est lors de ces instants intimistes que le titre est le plus réussi. Oui, le monde ouvert est perfectible, les quêtes répétitives et le style des personnages évoque celui d’un boy’s band. Pourtant, grâce à de nombreuses petites scénettes, aux quelques quêtes annexes et surtout grâce aux nombreux dialogues toujours bien écrits, ce quatuor de personnage devient vite attachant et pour rien au monde nous n’aurions envie de nous en séparer. Même de Prompto, c’est dire. L’aspect road trip et buddy movie, tant mis en avant lors des trailers, fonctionne et, aussi assisté soit la conduite, nous nous surprenons à flâner sur les routes, écoutant les bandes originales des précédents opus, observant l’environnement et écoutant nos quatre compères. Des écrans animés lors des scènes de repos aux animations de combat, où chacun peut relever celui est en est difficulté, les moindres détails ont été pensés pour rendre cette relation tangible, et l’affect se crée avec facilité.

 

  

Parfois, Final Fantasy XV tente d'user de narration environnementale, c'est... peu concluant.

 

Si Final Fantasy XV s’était contenté d’être un monde ouvert aussi bancal qu’attachant, de nous proposer des mini-jeux, des donjons labyrinthiques – peu nombreux, mais souvent très bon –, des moments contemplatifs très réussis alors cela aurait suffi à en faire un jeu plaisant. Malheureusement, un roi ne peut se contenter d’être un simple chasseur pour reprendre son trône, et la partie story-driven du jeu fini par revenir. Malheureusement, car c’est ici que le titre de Square Enix est le moins convaincant. Le jeu se divise donc en deux phases que tout oppose, deux expériences de jeu incohérentes : celle où rien ne semble nous rappeler à notre sang royal et où nous flânons dans l’open world et celle où, sur des rails, cet open world nous est désormais inaccessible et où le scénario se doit d’avancer. Comme si le jeu se rappelait soudainement de son titre.

 

Descente aux enfers.

 

Entendons-nous bien, le problème n’est en rien la linéarité du titre, même si cela est fait de manière très contestable – puisque nous finissons littéralement sur des rails, dans un train, à descendre pour quelques minutes au gré des besoins de l’intrigue. Ce qui pose problème est la trame elle-même, qui valse d’une incohérence à l’autre sans jamais prendre le temps de développer ses personnages secondaires et ses sous-intrigues. Cela commence dès l’introduction : Final Fantasy XV nous propose une histoire complexe où Noctis, à l’origine en partance pour son mariage diplomatique avec Dame Lunafrey, apprend la mort de son père et la trahison de l’Empire de Niflheim. Seulement, pour comprendre le contexte, encore faut-il avoir vu le film d’animation, et prologue, Kingsglaive – fourni avec les éditions spéciales du jeu et disponible en Blu-ray. Sans cela, le joueur aura du mal à comprendre les tenants et aboutissants de l’histoire qui ne seront rappelés que de manière succincte et expéditive. Même si c’est moins nécessaire, je vous conseille aussi de regarder la série d’animation Brotherhood – dont les cinq premiers épisodes, sur six, sont disponibles gratuitement sur Youtube – qui enrichira le background du quatuor.

 

  

Mirage de l'influence du joueur, certains dialogues proposent des choix.

 

Là encore, nous pourrions nous dire que ce n’est pas si grave puisque, si le jeu ne se suffit pas à lui-même, l’univers étendu répondra à nos interrogations. Seulement, rien ne s’arrangera réellement par la suite, et pour ne prendre qu’un exemple symptomatique, parlons du chancelier de l’Empire. Grand méchant de l’histoire, ce qui n’est pas tant un spoiler qu’une triste vérité puisque c’est le seul « méchant » que nous croiserons plus de deux fois, celui-ci sera aussi l’élément déclencheur de nombreuses phases de l’intrigue, guidant nos personnages et les conseillant sans qu’aucun d’eux ne s’interroge vraiment sur les objectifs qu’il sert – pour rappel, cela fait dix ans que Niflheim et Lucis sont en guerre ; difficile alors de croire que Noctis, le prince, ne connaisse pas le visage d’un de ses plus grands ennemis. Si à cela nous ajoutons de nombreux rebondissements illogiques – certains personnages meurent, d’autres sont en réalité du bon côté, d’autres encore disparaissent dans les trous béants laissés par le scénario –, difficile de s’attacher à quiconque, ou de pleurer la mort d'un personnage que nous avons vu quelques minutes à peine.

Au final, le scénario de Final Fantasy XV est parsemé de trous, d’incohérences, et semble aller de climax en climax sans qu’aucun temps ne soit pris pour développer son propos. Autant dire que cela ne fonctionne pas, et que si la conclusion est rendue magistrale par sa mise en scène et son rythme, les réponses qu’elle offre ne permettent ni d’effacer les très nombreuses contradictions de l'intrigue, ni d’oublier la trentaine d’heures qui précèdent – durée de vie comprenant les quêtes secondaires. Cela se sent d’ailleurs, tant le jeu est avare en cinématiques en image de synthèse jusqu’à sa conclusion, tant certaines scènes semble avoir été coupées avant même que le personnage impliqué ait fini sa phrase, tant certains de combats de boss sont ratés. Après dix ans de développement, de reboot et de réécriture, le titre de Square Enix est un jeu qui, ironiquement, semble cruellement manquer de temps. Cela saute d’ailleurs aux yeux quand nous arrivons à Altissia, cité à l’inspiration vénitienne sublime et entièrement modélisée, presque dix fois plus grande que la « vraie » ville du monde ouvert, et cruellement vide puisque seules trois quêtes s’y déroulent – une heure de jeu en somme, dur de croire que des artistes aient travaillé des mois durant pour si peu.

 

  

Lunafreya, plot device du jeu qui restera, dans nos mémoires, une simple demoiselle en détresse.

 

Dois-je alors évoquer les assets de Versus XIII, ayant mal vieilli, croisé au cours des derniers niveaux ? Les changements de gameplay dysfonctionnels, comme cette phase d’infiltration forcée dans des couloirs étroits alors que nous avons perdus nos pouvoirs sans raison ? Peut-être. Nous le savions, en gardant le même univers et les mêmes personnages, il allait être difficile pour la Division 2 de se débarrasser du spectre de Versus XIII. Il est même probable que le scénario incomplet qui nous est ici livré soit celui de l’une des derniers versions du projet qui a été entré au forceps dans Final Fantasy XV, car le temps manquait et qu’il était impossible de jeter des mois de travail. La suspension consentie de l’incrédulité, celle-là même qui nous fait accepter le monde ouvert qui nous est proposé, ne peut ici fonctionner. Versus XIII n’est pas mort, et Final Fantasy XV n’en est qu’un ersatz qui aurait demandé plus d’une année de développement supplémentaire. Notons qu’à l’heure où je finalise ces lignes, Square a annoncé travailler sur de nouvelles cinématiques pour le chapitre 13, une bien maigre consolation puisque la narration dans son entièreté pose problème.

 

Le poids du passé.

 

Lorsque j’ai atteint la dernière cinématique du titre, une larme a coulée sur mes joues. Non pas d’émotion, tant j’ai eu l’impression que la quête tragique qui m’était contée était vaine. Ce fut une larme de regret, car Final Fantasy XV, plus qu’un énième jeu canonique d’une licence aux qualités devenues contestables, plus qu’une ultime tentative d’une firme à bout de souffle, plus qu’un simple échec, a de grandes qualités. En premier lieu, sa première partie intimiste fonctionne à merveille, comme évoqué un peu plus tôt, mais surtout parce que le pari technique est réussi. Si le titre n’offre pas une claque technique similaire à celle de certains de ses prédécesseurs, il tourne, comme le dirait Galilée – et est fluide la plupart du temps. Sa direction artistique, mêlant avec brio fantasy et modernité, fait le reste. Ceci étant dit, la plus grande réussite de cet opus, ce sont ses combats, en temps réel, avec une caméra semi-automatique désormais domptée et qui ne nuit plus à la lisibilité de l’action, même si elle posera parfois problème dans certains donjons étriqués.

 

  

L'interface n'est ni léchée, ni moderne, mais on s'y fait.

 

Le système de combat est donc en temps réel, bien qu’un mode stratégique permettant une pause active existe, et certaines mauvaises langues diront qu’il est assisté et simpliste. Certes, je ne prétendrais pas que Final Fantasy XV est un jeu difficile, tout a été fait pour le que le joueur ne bute pas devant l’adversité : utiliser des items nous rend invulnérable pour la durée de l’animation, de même  lorsque que nous usons des capacités de nos alliés ; les QTE sont nombreux et la rapidité d’exécution prime. Seulement, s’il suffit de maintenir le bouton O pour que Noctis attaque, il faut aussi apprendre à gérer l’esquive, ainsi que le dash qui nous permettra de nous réfugier en lieu sûr ou de foncer sur des créatures. Il faut aussi prendre en compte l'importance du placement, les coups dans le dos étant toujours plus dévastateurs, apprendre les patterns et gérer armes et affinités élémentaires. S’ils sont simples, les combats de Final Fantasy XV sont jouissifs, et l’abandon du tour par tour prend alors tout son sens.

Vos compagnons sont également bien plus que de simples boucliers humains : ils peuvent se relever les uns les autres, vous aider à vous libérez des crocs adverses ou encore exécuter des combos avec vous. Chacun d’eux aura des capacités spécifiques et un rôle à jouer ; Ignis par exemple peut analyser les ennemis. Comme le veut la tradition, chaque affrontement se scellera sur une note de vos performances selon trois critères : le temps, la technique et le nombre d’ennemis vaincu. Chose que nos compagnons se feront un plaisir à commenter, les développeurs jouant souvent avec le quatrième mur. Vous gagnerez aussi du loot qu’il faudra vendre pour remplir votre bourse, et de l’expérience qui s’accumulera jusqu’à ce que vous vous reposiez. À vous ensuite de répartir vos points de compétences dans un traditionnel sphérier qui remplit son office, à défaut d’être complexe. Seule ombre au tableau, certaines améliorations sont inutiles, et surtout, le coût des compétences est exponentiel : à vous de voir si le farm en vaut la chandelle.

 

  

C'est aliasé, flou, c'est à 30 FPS, bref c'est de la PS4, mais ça reste bien beau.

 

À vouloir trop en faire, Final Fantasy XV s’éparpille parfois dans des mécaniques inutiles, telle la gestion de l’essence, et si le tuning de notre véhicule est appréciable, certains autres systèmes semblent avoir pâti de tout cela. Nous pourrions évoquer les invocations qui, si elles sont spectaculaires, sont scriptées et ne seront utilisées que très rarement, mais ce qui déçoit vraiment est la magie. Le titre n’offre pas de « vrais » sorts à utiliser, mais vous propose de récolter des essences de feu, de glace et de foudre pour synthétiser, à l’aide ou non de consommables, des sorts aux effets variés – étape qu’il faudra recommencer régulièrement, les sorts étant limités en utilisation. Le ciblage n’étant pas particulièrement réussi, et le friendly fire de la partie, utiliser la magie reviendra à affaiblir nos compagnons, le tout dans une explosion d’effets spéciaux certes très réussie,  mais ne rattrapant pas la mise. Un Final Fantasy sans bon système de magie, n’est-ce pas un peu triste ?

 

Les souvenirs de l’E3 2006 se sont estompés avec le temps, et avec eux les espoirs que je nourrissais. Dix ans plus tard, Final Fantasy XV me laisse un goût amer au fond de la gorge. Non pas qu’il me déçoit pour ce qu’il aurait dû être – il y a bien longtemps que je ne l’attendais plus –, il m’attriste pour ce qu’il est. D’un côté, un jeu intimiste, une simple balade dans un univers imparfait et agréable. De l’autre, un titre narratif qui balbutie et peine à raconter quoi que ce soit. Un jeu trop ambitieux pour son propre bien qui, après de multiples moutures, reste la chimère qu’il était. Versus XIII n’a pas été tué, Final Fantasy XV n’a pas vraiment eu la chance d’exister. Tout ce qui nous est servi ici, c’est une expérience de jeu double, bâtarde et incohérente avec elle-même. C’est un objet fascinant, et lorsque le temps sera venu de spoiler sans vergogne et que les langues se seront déliées, je suis convaincue que le projet aura beaucoup à raconter. En attendant, Final Fantasy XV, passées les quinze premières heures, est un jeu médiocre.

LES PLUS
  • Première moitié de l'aventure agréable, ....
  • Le système de combat.
  • Le Monde ouvert et ses donjons.
  • Des invocations spectaculaires.
  • Quatre héros attachants.
LES MOINS
  • ... seconde partie frustrante et incohérente.
  • Magie et sorts.
  • Les derniers chapitres... Bon dieu, tout ça pour ça ?
  • L'histoire, la narration et les personnages secondaires.
  • Visionnage de Kingsglaive indispensable.

5/10

Commentaires (100)

#101

ninheve
Grand chevalier

Je débute tout juste...
donc mon avis ne portera pas sur le jeu lui même mais sur un truc que je trouve immonde.
Les voix des mecs du Boys Band (oui les 4 héros du début) en anglais et leur onomatopées et étranges grognements et autres bruitages.
purée.... c'est insupportable!





Voir tous