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Undertale

par Ymir 26 Fév 2016 10:00 6

Undertale est un jeu qui associe des mécaniques de J-RPG et de shoot'em up, développé et publié par Toby Fox et disponible depuis le 15 septembre 2015 pour la somme de dix euros. En ayant beaucoup entendu parler et étant circonspect vis-à-vis de celui-ci, c'est avec appréhension que j'ai tenté l'aventure pour me faire un avis à son propos.

 

Il était une fois, dans un royaume pas si lointain...

 

L'introduction nous apprend que le monde fut jadis gouverné par deux races : les humains et les monstres. Au terme d'une terrible guerre, les humains sont ressortis victorieux, bannissant les monstres sous terre. Bien plus tard, et après l'escalade d'une montagne connue pour causer la disparition des humains assez téméraires pour s'y aventurer, ainsi qu'après un léger incident avec une racine, c'est dans le monde souterrain que votre personnage se réveille. Bienheureux qu'un épais parterre de fleurs ait amorti votre chute, vous commencez donc à parcourir les environs avant de rencontrer Toriel, la gardienne des ruines. Cette dernière vous accompagnera dans ce qui reste de l'ancienne capitale tout en vous enseignant comment survivre dans ce monde hostile. Toriel, à la mesure de tous les monstres du jeu, est plus qu'un amas de pixels, c'est un être avec sa propre histoire, ses craintes et ses espoirs.  


  

On aura connu des tutoriels plus dangereux.

 

Oubliez tout ce que vous savez des J-RPG, où les monstres ne sont que de viles créatures que le bienveillant protagoniste doit éliminer pour vaincre le mal, et accessoirement gagner de l’expérience. Chaque monstre que vous rencontrerez est une personne à part entière. Dans Undertale vous incarnez en réalité l'antagoniste. Vous êtes le dernier obstacle entre les habitants de l'underground et leur liberté. Ainsi vous avez droit de vie ou de mort sur eux. Vous apprendrez donc à connaître Toriel, cette curieuse et bienveillante gardienne qui vit à l'écart de la civilisation. Celle-ci tentera de vous faire comprendre le danger qui vous guette et le lourd fardeau qui est le sien.

Qu'est-ce qu'Undertale ? C'est l'histoire d'un peuple. Une histoire que vous découvrez à mesure que vos pas vous conduisent dans les profondeurs de la terre, dans le but de regagner la surface. À travers vos rencontres, vous découvrirez des personnages attachants et complexes. Des personnalités disparates aux convictions parfois aux antipodes les unes des autres, qui dans leur malheur commun en sont venues à partager un même rêve. L'espoir d'un jour apercevoir la lumière du soleil, de contempler les étoiles. Un espoir qui porte un nom : Asgore. S'inspirant de la série des EarthBound, on pourrait craindre que l'histoire d'Undertale soit un simple prétexte pour ravir la nostalgie d'un ancien moddeur de Mother 2, qui souhaitait en faire sa propre version.

Il n'en est rien.

Que ce soit la lecture d'un document d'apparence anodine, une remarque au détour d'un puzzle ou un détail dans l'environnement, vous comprendrez peu à peu la complexité du monde et le travail fourni pour le rendre, non pas seulement intéressant, mais aussi vivant. Ainsi, si les profondeurs du mont Ebott regorgent de magie et de créatures merveilleuses et que l'humour y est omniprésent, n'ayez pas la naïveté de croire que cet univers est joyeux, manichéen ou simple. Claustrophobie, surpopulation, solitude, la vie des monstres est loin d'être simple dans les profondeurs. Vos actes détermineront leur destin, et Undertale vous obligera à en assumer les conséquences d'une manière que je n'avais encore jamais observée dans un RPG.

 

  

Chaque monstre à une histoire à raconter.

 

Le titre propose une expérience unique vis-à-vis du rapport entre le joueur et le jeu, où le quatrième mur ne sera pas suffisant pour l'abriter cette fois. En tant que joueur, vous avez le droit de vie ou de mort sur des existences fictives et agissez de manière à satisfaire votre curiosité, parfois au détriment de toute moralité. Plutôt aisé n'est-ce pas ? Pourquoi se préoccuper d'un acte que vous regretterez lorsque vous pouvez recommencer depuis un point de sauvegarde ? Ou encore reprendre depuis le début de votre quête afin d'agir différemment ? Effaçant ainsi de la mémoire collective vos actions, fussent-elles guidées par une curiosité insatiable ou un désir ardent de réussite. Et si je vous déclarais qu'Undertale est différent ? Cette fois, vous serez mis face à vos responsabilités, pour le meilleur comme pour le pire.

En effet, si vous pouvez à tout moment reprendre votre aventure du début ou bien de votre précédente sauvegarde, vos actions passées ne seront pas oubliées par tous. L'utilisation du système de sauvegarde n'a rien d'anodin ici et dispose de son importance dans la trame de l'œuvre. Le jeu considèrera votre "nouveau départ" comme une suite directe de vos actions précédentes. Vous serez alors jugé sur votre comportement, fût-il empreint de remords ou de curiosité sadique. Vous aurez le droit à des dialogues, des réactions inédites, des détails qui recèlent une partie des sombres secrets de l'underground, et bien plus encore.

 

Tuer ou être tué.

 

Il est temps de passer au système de combat. Comme je l'ai mentionné précédemment, ces derniers se basent sur un savant mélange entre J-RPG et shoot'em up. Sachez que l'une des spécificités d'Undertale est d'offrir la possibilité au joueur d'épargner tous ses adversaires. Ainsi les affrontements ont été entièrement construits autour de ce principe.

 

  

Les boss sauront vous surprendre.

 

Si vous ne désirez donc pas agir avec la délicatesse d'un rouleau compresseur et massacrer tout ce qui se met sur votre route, il vous faudra user intelligemment des différentes options disponibles afin d'épargner vos adversaires. Enfin, sachez que les combats se déroulent au tour par tour, mais pas au sens conventionnel du terme. Lors de votre tour vous disposerez de quatre options : attaquer, effectuer une action, utiliser un objet et enfin faire preuve de pitié. La prise en main est ainsi aisée grâce à la sobriété du dispositif. Libre à vous donc de vous soigner en consommant de la malbouffe (car les RPG proposent rarement des repas équilibrés), de flirter avec l'adversaire, de tenter de fuir ou encore de passer à l'attaque. Vient ensuite la partie où vos adversaires ripostent. Une phase de bullet hell se déclenche alors, où vous devrez essentiellement esquiver les attaques de ces derniers.

Loin d'être répétitive, cette partie est l'essence même des combats. Chaque adversaire dispose de patterns variés (comprendre d'attaques différentes et de plusieurs phases) rendant ainsi cet aspect du gameplay surprenant. Par ailleurs, si vous affrontez plusieurs adversaires en même temps, ceux-ci n'attendront pas sagement que leurs alliés en aient terminé avec vous (prouvant qu'ils disposent de plus de QI qu'une huître, ou qu'un garde d'Assassin's Creed, c'est au choix) mais leur prêteront main forte, associant alors leurs projectiles à ceux de leurs pairs. De plus, les combats contre certains boss ne manqueront pas de vous ravir, allant parfois jusqu'à changer totalement les mécaniques du bullet-hell. Le tout est d’ailleurs bien souvent agrémenté d'humour ; bref, vous ne risquez pas de vous ennuyer.

 

Et le RPG dans tout ça ?

 

Undertale propose au joueur une quête passionnante et une expérience unique, mais si de nombreux aspects sont innovants et originaux, certains s'en retrouvent délaissés et austères. N’espérez donc pas pouvoir personnaliser les caractéristiques du protagoniste ou encore disposer d'un vaste panel d'équipement. Pour autant, il est nécessaire de relativiser ceci, je rappelle en effet un élément important du jeu : éliminer vos adversaires reste optionnel. Ainsi, le leveling, qui reste une étape ornière dans l'amélioration du personnage dans la plupart des RPG, est ici un choix. Ensuite, il me semble essentiel de mentionner qu'au vu du mélange des genres, il aurait été peu aisé d'apporter un système de personnalisation de statistiques dont nous autres rôlistes sommes friands. Il reste difficile d'avoir usage d'un jet d'intelligence lors d'une phase de bullet hell par exemple.

 

  

L'inventaire et les statistiques sont aussi sobres qu' austères.

 

Quant aux objets, vous disposez de la possibilité d’équiper une arme et une armure, ce qui déterminera vos dégâts et votre capacité à encaisser les dommages et pourra parfois, selon vos trouvailles, vous apporter des avantages particuliers. Ainsi, certains objets augmenteront les soins ou vous accorderont une plus longue invulnérabilité après avoir été atteint par un projectile. Les consommables pourront également apporter des changements temporaires. Par ailleurs, l'utilisation de certains objets contre des adversaires produira parfois des effets inattendus, apportant un peu de subtilité bienvenue au vu du peu d'objets disponibles. C'est pour moi le seul point noir du jeu, car si un système de build aurait été compliqué à mettre en place, diversifier les objets et leurs effets n'aurait pas demandé un travail excessif et aurait apporté du cachet.

Undertale accorde peu d'importance au passé du protagoniste et se concentre sur sa quête. Lors de votre aventure, vous serez donc confronté à de nombreux dilemmes. Si certains choix influeront grandement sur le déroulement et la conclusion de votre épopée, il ne faut pas pour autant négliger les innombrables détails subtils qui font la richesse du jeu. Les réactions à des actes parfois anodins sont l'une des forces de l’œuvre : rien dans Undertale n'est laissé au hasard. Vous disposez également de la possibilité de développer des relations avec les protagonistes, cet aspect, bien que décalé et déroutant, est également l'une des forces du titre. Aussi succinct qu'hilarant, il permet avant tout d'observer sous un nouveau jour des créatures que vous auriez dans d'autres jeux simplement traitées comme des obstacles dans votre hâte de retrouver un médaillon égaré dans un sombre donjon.

Le jeu dispose de neuf fins neutres (le double en comptant certaines subtilités) et de deux fins spéciales. Son rapport avec le joueur et les innombrables subtilités rendent la rejouabilité singulière et passionnante. Car si vous découvrirez l'histoire de l'underground lors d'une fin neutre, ce sera un tout autre aspect de celle-ci, et même du jeu, qui se dévoilera à vous si vous sortez des sentiers battus. Vous aurez compris qu'Undertale, bien que disposant de mécaniques de J-RPG simples, intègre de nombreux concepts originaux qui ne manqueront pas de vous marquer.

 

  

Des relations étranges et émouvantes.

 

Voyage au centre de la terre.

 

L'œuvre est impertinente et dramatique. Toby Fox réussit à faire côtoyer un humour omniprésent et un univers tragique dans une parfaite alchimie. Le mariage de deux tons opposés tout au long d'une œuvre sans que l'un n'empiète sur l'autre est un exercice difficile, souvent synonyme d'échec pour les nouveaux auteurs. Aussi le fait que le créateur d'Undertale réussisse habilement ce genre d'acrobatie lors de sa seconde œuvre scénarisée me surprend agréablement. Cet humour étrange et décalé, s'il peut déconcerter certains par moments, n'est jamais intrusif et manque rarement de faire sourire.

Quant à l'intrigue, sachez que si le postulat de départ est simple, vous serez rapidement happé dans les méandres d'une trame complexe et passionnante. Si l'œuvre est courte, votre course effrénée vers la surface ne vous empêchera pas de constater la grande qualité du scénario ainsi que la profondeur des personnages secondaires. Les protagonistes sont développés et attachants. Ceux-ci, tantôt comiques tantôt graves, délivrent chacun une vision du monde qui leur est propre. On se surprend à s'attacher à ces curieux comparses, à s'émouvoir de leurs histoires et à s'inquiéter de leur sort.

Lors de vos pérégrinations dans les profondeurs, vous apercevrez majoritairement des environnements souffrant d'un manque criant d'originalité. Vous pourriez donc être tenté comme moi de supposer que le créateur du jeu aura préféré délaisser l'ambiance pour se concentrer sur d'autres aspects de son œuvre. Encore une fois, Undertale ne manque pas une occasion de me donner tort. J'ai donc parcouru sous une pluie battante des cavernes marécageuses éclairées par la lueur blafarde de cristaux animés par les vœux de milliers d’âmes, découvrant avec un mélange d'émerveillement et de tristesse les désirs et le passé de ces créatures.

 

  

Certains lieux sont mémorables.

 

Je me retrouvais piégé dans un lieu où seul l'écho de mes pas me répondait, et je devinais ne pas être seul à parcourir ses ténébreuses allées. Celles-ci me rappelaient avec angoisse les glauques profondeurs d'une certaine cathédrale d'un monde ravagé par un holocauste nucléaire, m'invitant à la prudence. Je détaillais une humble chaumière, animé par un sentiment de sécurité et de confort, observant avec curiosité et affection des objets qui racontaient un passé révolu dont seuls des restes disparates subsistaient.

Là où mes pas me portaient, les musiques composées par Toby Fox me prenaient au cœur. Chaque thème annihilait le peu de recul que j'aurais pu avoir avec cette aventure. Me gardant prisonnier de mes émotions à mesure que je m'enfonçais dans les profondeurs, dans l'espoir de retourner à la surface. Ainsi la bande originale et les décors dans une parfaite symbiose transformaient le joueur que j'étais en cet enfant perdu dans les profondeurs de la montagne, rendant ses émotions miennes et son voyage mon épopée.

 

Retranscrire ses sentiments est chose peu aisée, si les lettres s’enchaînent et les adjectifs se succèdent, les émotions elles ne restent pas prisonnières de l'encre.

C'est donc mon rôle de me prêter à l’exercice en espérant qu'un peu de ce qui m'habite puisse vous atteindre. J'ai commencé à jouer à Undertale sans rien attendre de ce jeu. Et bon sang, j'ai rarement pris une telle claque. Le titre propose une aventure courte et intense, un univers travaillé et une quête bouleversante. Qu'il s'agisse de la musique, de l'histoire ou des personnages, le jeu parvient à les rendre vivants. Plus d'une fois, j'ai été ému et j'ai vibré au travers de cette épopée. Je joue depuis que je suis gosse, j'ai déjà pleuré, ri, enragé, jubilé devant de nombreuses œuvres, mais celle-ci m'a fait être plus qu'un joueur incarnant un personnage durant ces quelques heures. Undertale propose une expérience que je vous conseille de ne pas manquer.

LES PLUS
  • L'histoire
  • Les personnages
  • La musique
  • L'humour
  • Le rapport au joueur
LES MOINS
  • Peu d'objets
  • Rythme maladroit
  • Décors peu originaux dans l'ensemble
  • Uniquement en anglais
  • Pas assez de squelettes

7/10

Commentaires (6)

#2

jbbourgoin
Citoyen

C'est amusant car la note ne me semble pas du tout refléter l'avis extrêmement positif qui se dégage de l'article.
#3

Lamenoire
Guerrier

Je me suis dis exactement la même chose! Très bon test cela dit, belle plume M. Ymir, ça m'a vraiment donné envie!
#4

Dwilaseth
Seigneur

Pas du tout mon genre de jeu mais son test n'en demeure pas moins très bien écrit et sympa à lire :)
#5

prypiat
Paladin

Yeah merci Ymir :) j'aurais fini par l'écrire celui-là si personne s'en chargeait^^ Gros coup de cœur pour moi, fort en émotions et plus profond qu'il n'en a l'air.
Après, j'ai trouvé que les mobs en particulier manquaient un peu de variété (d'autant plus dommage que les PNJ sont nombreux et tous fantastiques)
Le côté "rejouabilité" est très sympa aussi...

(Petit détail, le hack qui a fait connaître le type était pas plutôt sur Earthbound (Mother 2) ?)
#6

Phoenix
Paladin

Il a l'air étrange ce jeu, mais en regardant le trailer ça semble quand même sympa ! Faudra que je l'essaye pour me faire à l'idée.


Ps: Marrant ça ,je remarque que ton avatar provient de ce jeu Prypiat ^^.
#7

Ymir
Villageois

Salutations amis verdâtres, concernant la note c'est une maladresse de ma part, je ne suis pas encore habitué à cet exercice (Un 8/10 aurait été de rigueur). Merci pour les compliments, ça fait toujours plaisir chers gobelins. Prypiat La coquille à été corrigée, et j'estime personnellement que moins de combats aurait bénéficié au titre, le rythme est assez maladroit et parfois brisé par des rencontres intempestives et parfois peu variées.

Message édité pour la dernière fois le : 01/03/2016 à 02:24





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