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Dex

par Iosword 25 Sep 2015 10:00 10

Le crowdfunding s’est imposé comme un nouveau modèle de financement : prendre de l’argent aux joueurs – sur des belles paroles et, souvent, sans aucune image du jeu en lui-même – n’est pas forcément légitime. Cela permet aux développeurs de vérifier l’existence d’un public cible, de prendre plus ou moins de risques, de déformer leur vision initiale à coup de stretch goals, de s’asseoir sur leur notoriété ou encore sur des fantasmes. Personnellement, je n’ai rien contre ce modèle économique : certaines firmes en abusent, d’autres en ont besoin. Trier le bon grain de l’ivraie revient au joueur, même si ce dernier s’enferme trop souvent dans son rôle de consommateur et d’enfant nostalgique. Ce qui me dérange, c’est l’imaginaire. De ce dernier naît souvent un écart entre les intentions des développeurs et l’interprétation de ses promesses par les joueurs.

Dex, le « 2D Cyberpunk RPG », me pose ce problème. Ce n’est pas un mauvais jeu, ce n’est pas un jeu exceptionnel, et ce qui me déçoit ne tient pas uniquement à ses erreurs de design. En effet, les différences entre ses promesses et le résultat final ne me conviennent pas. Quand sa campagne Kickstarter a commencé en fin 2013, Dex ne cachait pas son ambition : mêler avec brio action-plateforme et RPG, empruntant à Deus Ex sa dualité entre combat et furtivité, le tout porté par un scénario plaisant et « adulte » qui représenterait le cœur du jeu. Était-ce un projet trop présomptueux ? Assurément.

 

Un cri d'amour au Cyberpunk

 

Le cyberpunk est un genre qui a perdu de sa superbe :  lui qui nous a bercé dans les années 80 n’a pas survécu au milieu des années 2000. Non pas qu’il ait disparu, mais il a été bien moins présent et, trop souvent, relégué à une sous-forme de la SF elle-même dominée par le space opera. Comme si le genre ne pouvait plus faire rêver, son imagerie devenue obsolète avec l’abandon des écrans cathodiques ; et puis, n’est-il pas trop proche du réel ? Le cyberspace ne peut-il pas être vu comme une métaphore de l'Internet ? Les problématiques du genre, comme le transhumanisme, les corporations ou encore la misère sociale, ne sont-elles pas aussi les nôtres ? Qu’importe la raison, le cyberpunk n’est pas mort. De Shadowrun à Deus Ex en passant par Transistor, la période est fertile pour le genre. Certains essaient de proposer une vision exotique, ce n’est pas le cas de Dex : ce dernier apprend de ses classiques et ne réinvente rien. On retrouve sans peine les idées de William Gibson – écrivain qui est généralement considéré comme le père du genre – tout comme l’on sent l’influence des œuvres qu'il a inspirées : Ghost in the Shell en tête.

 

  

A défaut d'avoir de l'originalité, le jeu a une direction artistique.

 

Ainsi, Harbor Prime est une ville comme tant d’autres, une cité étincelante et lumineuse – mais aussi sale et décadente. Les bourgeois vivent dans les hauts-quartiers, loin de la classe moyenne qui traîne dans des night clubs peu fréquentables ainsi que des pauvres hères flanqués dans les bas-quartiers. La périphérie, quant à elle, est zone de guerre où des gangs se battent et font vivre leurs trafics divers. La société, si brillante sur le plan technologique, tend à perdre ses valeurs morales et le respect de l’humain. Comme je vous le disais, Dex fait dans le classique, mais le fait avec un réel amour du genre, et cela fonctionne. Sans compter que Dex y ajoute sa touche de modernité : imprimantes 3D, codes QR, services de restauration rapide, etc… Une vision du cyberpunk qui ne veut plus être désuète, mais s’inscrivant dans une continuité.

Et puis, Dex fait bien les choses en matière d’immersion. Outre sa direction artistique très plaisante, il s’amuse à nous offrir des descriptions, souvent drôles, pour les multiples items de notre inventaire – car nous en aurons beaucoup – ; de l’inutile magazine pornographique aux drogues médicamenteuses qui nous donneront de l’énergie. Sans parler des items de quêtes qui viendront renforcer la narration : vous serez amenés à hacker des terminaux, et donc à lire des e-mails et alléger les comptes bancaires des propriétaires, mais aussi à ramasser plein de petites choses. Post-it, avis de recherche, documents confidentiels, ou encore cartes postales vous attendront dans votre inventaire pour vous offrir d’autres informations. Que ces indices servent ou non importe peu, l’essentiel est qu’ils nourrissent votre imaginaire et qu’ils vous racontent plus que ce que le jeu ne peut se permettre.

 

Ou on est original, ou on ne l'est pas...

 

L’autre moyen de narration n’est autre que les dialogues : chaque quête commencera et finira par un échange verbeux – et souvent, il y en aura entre. La qualité d’écriture est bonne, et les répliques sont bien pensées et permettent de se faire une bonne idée de l’objectif des quêtes et des motivations des PNJ, ainsi que d'en apprendre un peu plus sur Harbor Prime. Là où le bât blesse, c’est les PNJ qui sont le principal problème, le soft n’ayant toujours pas réussi à gagner son originalité : tous ces personnages, de prime abord bien caractérisés et biens écrits, vont facilement vers le stéréotype. Or, nous ne pouvons interagir qu’avec des donneurs de quête (ou des marchands qui dans la plupart des cas donnent également des quêtes), c’est-à-dire : pas avec grand monde.

 

  

La mère maquerelle Lilly : suave, dangereuse et française.

 

Entendons-nous bien, le jeu ne manque pas de contenu : même si les quêtes sont peu nombreuses, le jeu vous occupera durant un peu plus de 20h. Le vrai problème, c’est le manque de vie. Les rares PNJ sont, comme je vous le disais, à la limite du stéréotype. Or, la sur-caractérisation fait déborder le vase : les doublages, qui pourtant ne sont pas mauvais, entraînent le tout vers la caricature à coups d’accents multiples. Quant aux quêtes, peu nombreuses, elles sont aussi linéaires, et proposent des choix très binaires et parfois illusoires. Ceci dit, les différentes intrigues restent de bonne qualité.

Quant aux thèmes abordés… Soyons franc, si vous avez lu la Sprawl Trilogy, (composé de Neuromancer, Count Zero et Mona Lisa Overdrive) de William Gibson, vous avez une vague idée de l’univers et de ces intrigues – principales ou secondaires. En gros, une méchante corporation veut votre mort, mais une IA un peu étrange vous sauve la vie, car vous êtes spéciale. Vous, Dex, jeune humaine aux cheveux bleus qui vivez dans un bel appartement, vous êtes aussi en mesure de vous connecter au cyberspace sans jack, comme par magie. Alors des gentils hackers vont vous prendre sous leur aile et vont vous apprendre à lutter contre les méchantes corporations. Voilà pour le point de départ. Cette histoire est assez classique, les quelques retournements de situation seront prévisibles pour tous ceux qui connaissent le genre, néanmoins elle reste bien narrée et donc agréable à suivre.

Pour le reste, Dex ne semblant rien connaître du monde qui l’entoure, les PNJ seront chargés de vous apprendre les tenants et les aboutissants de cet univers. Bref, il est temps de s’intéresser au jeu en lui-même et à la manière dont il s’articule. Harbor Prime est une ville divisée en zones : moyennant un temps de chargement, vous pourrez vous promener un peu partout, et ce dès le début du jeu – même si certaines zones se débloqueront lorsque vous avancerez dans l’histoire. Chaque quartier, ou plutôt chaque échantillon de quartier, aura un sens et une identité graphique. De nombreux sprites, avec lesquels vous ne pourrez pas interagir, sont là pour renforcer l’impression de vie (piétons, voitures, oiseaux…), ce qui fonctionne assez bien, malgré des animations pas toujours fluides.

 

  

Les phases dans le cyberspace paraissent incohérentes avec le reste du jeu.

 

"Dîtes, y'avait pas un système de furtivité à la base ?"

 

Dex étant un jeu de plateformes, nous aurions pu penser qu’il exploiterait cela. Et en un sens, il le fait : il y a quelques endroits cachés et certains lieux sont bien pensés, mais pour la plus grande partie des environnements, le level design est basique. Qui plus est, l’exploration du jeu se repose surtout sur le crochetage, sauf qu’il n’y a que deux niveaux de compétence, et qu’une fois les trois premiers points de compétences dépensés dedans – car vous en aurez besoin –, vous pourrez vous faufiler partout. Quant aux niveaux en intérieur, ils se ressemblent un peu tous et rares sont les niveaux où la furtivité est permise. Car oui, s'il y a un problème (et non des moindres), c'est que la furtivité, qui devait être mise à l'honneur, a presque totalement disparu. Ce qui signifie que la seule approche viable reste le bourrinage.

Il est temps de parler des compétences et des mécaniques de jeu. Malgré son côté ingénue, Dex a de nombreuses compétences : Combat au corps à corps, Arme à feu, Endurance, Hacking pour les principales ; Crochetage, Marchandage, Charisme et endurance dans le cyberspace (AR) pour les secondaires. Le gameplay se veut évolutif, c’est-à-dire qu’à mesure que vous mettrez des points dans vos arbres de compétences vous débloquerez de nouvelles capacités (utilisation de nouvelle armes, nouveaux coups au CàC, etc...). L'idée est bonne, mais si les compétences secondaires sont intéressantes, ce n'est malheureusement pas le cas des principales. Il y a peu d'ennemis et ceux-ci sont facilement esquivables dès lors qu'ils n'ont pas d'armes à feu – d'ailleurs, même si c'est le cas, il suffira de rester dans leurs dos et de faire parler les poings.

De ce fait, et puisque nous sommes très efficaces dès le départ, il y aura peu d’intérêt à monter ses compétences. Enfin, il ne faut pas laisser des points se gâcher non plus. Un constat qui s’impose également concernant le Hacking. Lors de ces phases un peu particulières (me faisant parfois penser à du shoot 'em up), et totalement décalées du reste du jeu, les réflexes parlent avant tout. Et puis, le Hacking ne sert qu'à éliminer plus facilement les machines (tourelles, caméra, etc) et à voler des données dans des phases finalement répétitives. Pour finir sur les armes à feu, le système de visée est approximatif et vous êtes immobilisée quand vous tirez, aussi jouer la brute épaisse reste l'approche la plus viable.

 

  

Dex ancienne jeune fille aux cheveux bleus, désormais arme de destruction massive.

 

La dernière évolution que pourra subir Dex est sa transformation progressive en cyborg. Si cela a un coût et que vous devrez avancer dans la quête principale pour le permettre, cela a aussi beaucoup d'avantages. Devenir plus puissante contre un beau pactole est toujours agréable, et certaines quêtes ou lieux nécessiteront que vous soyez surhumaine.

 

Dex est un jeu bien trop ambitieux, et cela se sent. Si les développeurs ont de nombreuses idées, après près de trois ans de développement, le jeu sort amputé de nombreux systèmes et, des restants, peu sont aboutis. Au final, que reste-t-il ? Un jeu au gameplay brouillon, répétitif et approximatif, mais aussi un expérience narrative de qualité. Dex n'a rien d'original, mais l'amour des développeurs pour le Cyberpunk est réel, et si c'est un genre qui vous plaît alors la promenade sera agréable, à défaut d'être inoubliable.

LES PLUS
  • Univers
  • Direction Artistique
  • Immersion
  • Humour
LES MOINS
  • Combat
  • Linéarité
  • Manque d'originalité
  • Level design

5/10

Commentaires (10)

#2

Kekona
Garde

Hey il s'est fait attendre mais ça valait le coup, chouette test Ios'.

Donc dans les limites du level design, impossible de s'offrir une errance choisie dans Harbor Prime ? C'est d'autant plus dommage que le genre et le thème appellent à un vrai travail sur la verticalité (il me semble l'avoir déjà dit, je radote peut-être.)
Bonne nouvelle par contre cet inventaire abordé comme moyen narratif à part entière, c'est une recette qui a fait ses preuves. Marre de la gestion de stocks.

Espérons que les prochains titres cyberpunk -dont 2077- tenteront aussi une approche originale des glaces, moins axée mini-jeux/challenge. Quelque chose de plus formel.

Message édité pour la dernière fois le : 25/09/2015 à 17:15

#3

Wothan
Citoyen

Avec de la chance, le patch de ce mois va résoudre quelques problèmes énoncés dans le test.



Manual saves.
Revamped AR / Cyberspace.
New user interface / menus.
Improved enemy AI / melee combat.
Ability to shoot while moving.
New outfits for Dex, including a quest to acquire them.
Steam Achievements / Trading Cards / Badges.
Full localization: French / German / Czech / Hungarian.
Improved / additional sound effects.
Multiple bug fixes / visual improvements.

Message édité pour la dernière fois le : 25/09/2015 à 17:43

#4

Nemrod
Citoyen

Ben 5 sur 10 c'est juste la moyenne,y-a des jeux au top du matos qui ne mérite même pas cette note;j'attend la version fr et j'essaye,sachant que pour ma part c'est juste la nostalgie d'un game-play qui me rappelle les jeux sur les bornes d'arcanes.
#5

Iosword
Grand chevalier

C'est la moyenne en effet. Et le jeu se voit accorder la moyenne car il est moyen justement (et que son gameplay est assez mauvais) mais bref tout est dans le test. Rien à voir avec le "top matos", si les qualités techniques d'un jeu faisait un bon jeu alors la vie serait bien triste et je detesterai bien des titres n'ayant pas les qualités technique d'un DAI par exemple alors que c'est plutôt l'inverse en fait. Après chacun est bien sûr libre de se faire son propre avis en effet. Ce n'est que le mien après tout

Avec de la chance, le patch de ce mois va résoudre quelques problèmes énoncés dans le test.


Ce ne serait bien, en effet, sachant que le jeu a été, majoritairement, testé entre sa release et début août et que le test ne parait que maintenant parce que d'autres priorités nécessitait du temps.

Donc dans les limites du level design, impossible de s'offrir une errance choisie dans Harbor Prime ?

Les zones sont petites et très limités en terme de contenu donc oui. Après, rien n’empêche de se promener mais on en a vite fait le tour.

Message édité pour la dernière fois le : 25/09/2015 à 19:30

#6

Cerves
Garde

C'est vrai qu'on sent beaucoup l'influence du genre, l’héroïne ressemble étrangement au major de "Ghost in the shell" et de dex à deus ex il n'y a qu'un pas (ou 2 lettres). Sans doute voulu mais un peu gros.
#7

Tchey
Novice

Pourriez-vous faire un paragraphe sur le dernier patch, notamment sur le hacking qui était nul et qui a semble-t-il changé ?

Message édité pour la dernière fois le : 09/10/2015 à 13:45

#8

Iosword
Grand chevalier

Le test en tant que tel ne changera pas. Neanmoins, si j'ai le temps je ferais un petit papier (probable sous forme de news) sur ce qu'apporte cette version Enhanced. Mais je ne m'engage a rien puisqu'il y a pas mal de choses a traiter en ce moment. Donc si j'ai le temps et la motivation de me replonger dans Dex.
#9

Foudrolle
Villageois


Bonjour à tous ! Il s'agit de mon tout premier post sur le site j'en profite donc pour remercier l'ensemble de l'équipe et toute la communauté goblinoïde pour ce fabuleux espace de partage !

Concernant Dex je viens de tranquillement commencer le titre et je dois dire que les principales lacunes du jeu sautent aux yeux assez rapidement. Les combats sont au mieux moisis, les contrôles de la dame assez aléatoire surtout au niveau des sauts, la police utilisée pour les textes est illisible par moment, et l'inventaire n'a rien mais alors vraiment rien de pratique.

Ouille ça fait aussi mal qu'un coup de massue de gobelin troll.

Là où Dex s'en tire avec les honneurs c'est au niveau de sa direction artistique. On sera tous d'accord pour dire qu'elle n'est pas originale pour deux sous mais le titre dégage quand même une sacrée ambiance. Le cyberpunk se faisant plutôt rare c'est un plaisir de se plonger dans cet univers qui a mon sens est beaucoup plus saisissant dans Dex que dans les deux premiers Shadowrun.

Au niveau des PNJ se sont effectivement des stéréotypes ambulants mais je ne trouve pas ça si dérangeant (mention spécial pour T, représentation ultime du geek obèse, asocial et pervers).

Du coup, Dex bon jeu ou mauvais jeu ? Ni l'un ni l'autre je vois le soft comme une balade sympa dans un futur miséreux. Un titre qu'on ne parcourt qu'une fois si et seulement si on accroche au cyberpunk.

J'oubliais le piratage... Une sorte de shoot em up du pauvre aussi flashy que le premier Tron. Marrant mais franchement dispensable.
#10

Aleph
Chevalier

Actuellement en promo sur GoG. Je suis assez mitigé pour l'heure, d'un côté le test de Iosword est complet mais il n'y a pas de retour sur les "améliorations" apportées, et le codex est plutôt positif sur çui-là. D'autres auraient éventuellement posé leurs pattes sur Dex?
#11

mophentos
Paladin

c'est un jeu sympa mais sans plus, que tu fini en 10h max.

j'ai joué à la version "amélioré" directement donc je ne sais pas ce qui devait être amélioré à la base.




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