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Overlord I

par Leuffen 16 Sep 2014 10:40 6

Joueurs du dimanche et noctambules, l'expression « Qu'il est bon d'être mauvais. » vous évoque-t-elle quelque chose ? Si ce n'est pas le cas, sachez qu'il s'agit d'une maxime d'un jeu de stratégie temps réel développé en 1997 par le studio Bullfrog qui devint rapidement une icône du monde de jeu vidéo. Pourquoi ? À cause d'un principe aussi original que classieux : jouer un seigneur du mal qui n'a pas besoin de justifier le moindre de ses actes est JOUISSIF.

Pour preuve, ce jeu est toujours une référence et nombreux sont les développeurs a avoir suivi son exemple, que ce soit simplement dans le principe (What did I do to deserve this, my Lord sur PSP, Paper Sorcerer et The Bard's Tale sur PC ou Nekro actuellement en early access sur Steam peuvent y être comparés), ou jusque dans le genre stratégique (Impire, le piteux Dungeons – Dark lords ou encore le prometteur War for the Overworld). À une époque où nombre de jeux vidéos et particulièrement de RPG semblent faire reposer une partie de leur label de qualité sur le fait de proposer le plus de choix possible sur la moralité de la conduite de votre personnage, quelle peut être la raison de cette demande pour des softs ne vous laissant que l'opportunité de dévoiler votre niveau de sadisme ludique ? S'agit-il d'une simple mais récurrente crise de nostalgie, ou d'un désir de se voir proposer un genre de scénario et de gameplay radicalement différent, original ?

Peut-être que le jeu qui nous intéresse aujourd'hui nous apportera un début de réponse !

 

 

Passez lui de l'acide sur les yeux, ça va le réveiller !

 

Overlord a émergé de l'antre de Triumph Studio, également auteur de la série des Age of Wonders, en Juin 2007 sur PC et Xbox 360. Il compte une extension que l'on dit d'excellente facture même si je n'ai pas pu mettre la main dessus, Raising Hell, et une suite qui fera l'objet d'un test de ma part ultérieurement. Le tout intégralement en français, ce qui ne gâte rien.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le jeu nous met tout de suite dans l'ambiance. Dans un monde sans nom, vous vous retrouvez à endosser l'armure épaisse de l'Overlord, c'est à dire littéralement LE méchant de jeu de rôle par excellence : il est taillé en armoire à glace, il se fournit chez le même tailleur que Sauron, il aime à manier les armes à deux mains et il fait preuve d'autant de pitié pour le commun des mortels que votre humble serviteur pour le paquet de chips orphelin. Ah, et il a un donjon géant volant... et il ne décrochera pas un mot de toute l'aventure. Pourquoi le ferait-il, puisqu'il est le méchant de l'histoire et que le mal se passe d'explication ?

Toujours est-il que vous vous réveillez dans ce qui semble être un caveau au doux son des grognements surexcités de vos larbins et de ce qui va se révéler être votre conseiller aux allures de maître Yoda, les sarcasmes en plus. Apparemment en stase magique depuis toujours, on vous a éveillé lorsque votre prédécesseur a été massacré par une bande d'aventuriers en goguette et que son donjon – VOTRE donjon – a été mis à sac.

Affaibli, pauvre, dépossédé même des trois quarts de vos troupes, vos uniques objectifs seront de retrouver la gloire qui vous est due et de châtier tous les aventuriers qui sont entre-temps devenus des tyrans en bonne et due forme.

Car c'est là que réside une partie du sel d'Overlord : en l'absence d'un ennemi commun aussi prestigieux que vous, les rois et héros qui ont mis à mal votre prédécesseur ont eu tôt fait de succomber à leurs plus bas instincts, si bien que les faire passer de vie à trépas pourrait presque passer pour un acte de bonté... si une telle notion vous était familière, bien sûr.

 

   

Vous et vos fidèles (hum) larbins, vous avez du pain sur la planche !

 

Over the hills and far away

 

Les mécaniques de ce jeu sont à la fois simples et riches, ce qui peut donner l'impression qu'il est à la croisée des genres vidéoludiques. Je m'explique.

La principale activité de l'Overlord sera de parcourir les différentes zones du monde à la recherche de ses ennemis et des morceaux de son donjon qui est la source de son pouvoir. En effet, aussi grand, fort et doué pour la magie soit-il –bien que limité à un sort d'attaque, ainsi que quelques arcanes de protection ou de frénésie –, le gaillard apparaît vite limité. Trop fainéant ou trop fier pour se salir les mains pour autre chose que le combat, il n'a d'autre choix que d'invoquer une nuée de gremlins pour ôter des obstacles de son chemin, ramener du butin à son repaire ou tout simplement équilibrer les affrontements qui le mettront par trop souvent en infériorité numérique.

Du coup, il vous arrivera fréquemment de faire des allers-retours entre les différentes zones via votre antre qui vous servira de HUB pour repasser dans des endroits où le pouvoir ou la créature adéquate vous manquait.

Ce petit côté metroïdvania vous permettra de voir votre tour évoluer d'une visite sur l'autre : retrouvez-vous votre haut-fourneau ? Un de vos larbins se retrouvera promu forgeron et se fera un plaisir de vous forger de nouvelles armes/armures/pièges à loutre ou de renforcer les anciens pour un juste prix. Remettez-vous la main sur un sort ténébreux ? Une décoration vous le fera savoir !

Bien sûr vous aurez également l'occasion de débloquer des améliorations purement cosmétiques que votre maîtresse de tour et votre concubine sauront mettre en val... comment donc ? Aurais-je omis de préciser que vous alliez être amenés à partager votre tour avec plusieurs représentantes du sexe faible ? Mais quel Overlord seriez-vous si vous ne trouviez pas quelqu'un pour garder la maison, tenir les comptes pendant que vous tranchez les têtes et s'offrir à vous dans des scènes de débauche à faire trembler votre demeure jusqu'aux fondations quand vous rentrez ?

Ce petit côté gestion, un peu limité mais bien pensé et surtout plein de surprises, vous aidera à vous mettre dans la peau du personnage.

 

   

Mieux que D&Co et rien qu'avec de la sueur de larbin !

 

Tu veux te battre ? Et avec quelle armée ?

 

Là je vous vois venir avec vos remarques : « Leuffen, c'est quoi ce jeu dont tu nous causes ? Il ressemble même pas à un RPG ! C'est la dissidence la plus totale ! Remboursez nos invitations ! ». D'abord je vous répondrai de cesser ces familiarités, nous n'avons pas gardé les cochons ensemble ; puis je vous dirai d'observer plus attentivement les têtes qu'ont les larbins. Certes, le fait d'acheter des équipements de qualité pour l'Overlord et les renforcer en les infusant dans l'âme de ses sbires a son utilité, mais vu que ce sont eux qui vont encaisser la plupart des coups... il convient plutôt de s'intéresser à leur équipement et leurs capacités.

Déclinés en quatre coloris, vos gremlins complètement soumis à votre volonté et répondant aussi bien à la manette qu'au combo clavier-souris se font un plaisir de détruire automatiquement tout élément de décor se trouvant sur leur passage et de s'équiper de tout ce qui leur passe sous la main : citrouille évidée, crâne, bras de zombie, hachoir de boucher, griffes d'assassins... tout est bon pour venir à bout rapidement de l'ennemi car vos petits gars sont d'une fragilité presque décourageante et ils n'ont le plus souvent que le nombre pour eux – jusqu'à quarante unités vociférantes.

Parmi eux il y a les larbins bruns, un poil plus robustes que les autres et les plus à même de tirer parti des équipements ; les rouges, capables de gober les flammes et d'attaquer à distance ; les verts, résistants au poison et capable de se camoufler pour peu que vous en donniez l'ordre ; les bleus, faibles à en pleurer mais les seuls capables de nager, de ressusciter leurs frères et d'attaquer les créatures purement magiques. Chaque genre aura son heure de gloire, mais c'est définitivement votre habilité à les placer sur le terrain et à les faire se mouvoir à distance dans les endroits trop étroits pour vous en leur faisant esquiver les pièges qui fera la différence.

En effet, si le décès de votre personnage n'a en définitive aucune importance – les sauvegardes automatiques sont légions -, celle de vos sbires est plus problématique. D'une part, ils meurent définitivement et perdent donc tout leur équipement sans qu'il soit possible de le ramasser. Ensuite, il y a le fait qu'en invoquer des nouveaux coûte de l'énergie que l'on ne peut trouver que via le meurtre de créatures bien précises, dans le sens où la plupart ne lâchent qu'un type d'essence vitale bien particulier. Le farm demeure envisageable car les susdites créatures réapparaissent systématiquement entre chaque visite de la zone où elles se trouvent, mais ce genre de pratique m'a toujours profondément ennuyé, pour rester poli.

Les combats en temps réel sont souvent confus, la faute à une caméra par trop inerte et à une action frénétique : ça saute sur les ennemis, ça couine, parfois ça reste même les bras ballants à cause d'une IA qui peine à retrouver la notion d'attaque à vue... mais rien d'insurmontable si vous restez calme et que vous analysez la tactique de vos ennemis. Chose appréciable, entre deux puzzles et combats vous aurez même droit à des phases d'infiltration n'ayant rien à envier à celle de l'espion aux loupiotes vertes, mais je n'en dis pas plus.

 

   

Vous les trouvez mignons ? Attendez de les voir brûler la ville !

 

And it's so easy when you're evil

 

Des références, vous en rencontrerez un certain nombre dans ce jeu. Bien sûr, la plus évidente demeure l'univers de Tolkien : y'a du hobbit bien gras, de l'elfe hautain, du nain cupide, de l'humain... mais il est surtout intéressant de voir comment tous ces clichés ont été tordus ou amplifiés pour rendre tous vos futurs ennemis délicieusement détestables alors qu'en réalité votre personnage n'a en définitive rien de charismatique. Mais comparé à des halfelins qui réduisent en esclavage les gens pour toujours avoir des stocks de nourriture ? À des licornes anthropophages ? À des dodos sauvages plus agressifs que des jars en rogne ? Balivernes que tout cela, à vous de montrer qui est le Mal avec un M massif !

Ou pas. Car oui, que ce soit dans le cadre des quêtes ou de votre attitude en général, on vous laissera l'opportunité de ne pas être pire que la peste et le choléra réunis, de faire preuve d'un peu de retenue pour ne pas vous retrouver l'empereur d'un tas de cendres une fois votre campagne terminée. Pour quel intérêt, sachant que vous pouvez retirer de votre noirceur de précieuses améliorations et un aspect badass aussi bien pour vous que votre tour ? Peut-être ne fut-ce que pour débloquer l'une des fins alternatives ?

La malfaisance est une notion très relative et vous en aurez divers échantillons saupoudrés avec beaucoup d'humour noir – parfois trop gras pour être véritablement appréciable –, de musiques agréables et de doublages trop peu inspirés pour être mémorables. Heureusement que l'esthétique d'ensemble un peu truellée aux pixels qui rappellera à certains celle de Fable demeure cohérente et originale, tiens.

 

   

Quand l'Overlord n'est pas occupé à occire son prochain, il n'a rien contre quelques festivités

 

 

À présent, la question à dix larbins : s'agit-il d'un bon jeu ?

Je dirais même qu'il s'agit d'un très bon jeu, qui saura vous en donner pour votre argent pendant la quinzaine d'heures pendant laquelle il vous tiendra -sans compter le DLC Raising Hell – si vous lui passez ses quelques bugs aléatoires, ses environnements parfois très pauvres et son scénario réduit à la portion congrue. Jouer un être maléfique décomplexé est défoulant au dernier degré, surtout si vous devez toujours faire fonctionner vos petites cellules grises pour maximiser l'utilisation de vos larbins – combien de fois ai-je perdu mon armée en sous-estimant la profondeur d'une rivière ? Certains passages vous donneront envie de vous arracher les cheveux de frustration, mais cela vous poussera à changer de stratégie ou à aller parcourir une autre zone via le déplacement instantané prodigué par la tour. Certes, on regrettera parfois le rôle un peu passif de l'Overlord, qui apparaît presque secondaire face à la puissance de nuisance presque élémentaire des larbins... mais lorsque le jeu sera fini et que vous le verrez assis sur son trône avec sa concubine sur les genoux et le casque toujours aussi profondément enfoncé sur la tête, vous éprouverez un délicieux sentiment de devoir accompli. Puis vous essayerez de vous rappeler si vous avez vraiment re-tué tous ces insupportables elfes fantômes de la seconde zone et vous pousserez un rire ténébreux d'aise, regrettant néanmoins secrètement que rejouer une partie ne vous apportera rien et qu'il ne reste plus personne pour étrenner deux modes multijoueurs – coop et versus – qui ont le mérite d'exister. Il n'empêche, qu'il est bon d'être mauvais.

Puissiez-vous y trouver votre Carthage.

LES PLUS
  • Le système de valeur partiellement renversés
  • L'hyperactivité des larbins
  • La personnalisation de la tour
  • Les contrôles bien pensés
  • L'humour omniprésent
LES MOINS
  • L'IA parfois hasardeuse
  • Des bugs rares mais pénibles
  • L'Overlord, ce gros flemmard

7/10

L'AVIS DE BATMAN

Avec son ambiance à la Fable un peu déjantée, Overlord est un titre qui a su proposer des éléments de gameplay originaux tout en parodiant les standards de l'héroïque-fantaisie. Même si les éléments de RPG ne sont pas très nombreux, les nombreuses personnalisations possibles, la narration, les quêtes et l'univers en font un titre qui plaira aux rôlistes. Le système de gestion des minions est assez bien fichu même si perfectible. Quand à sa durée de vie, elle est tout à fait correcte pour un titre de genre, surtout que l'extension apporte quelques heures de jeu supplémentaires toutes aussi funs et amusantes ! Mention spéciale pour ses musiques et notamment le thème principal du jeu, d'excellente qualité.

8/10

Commentaires (6)

#2

mophentos
Paladin

Un jeu qui m'a fait pas mal rigoler avec des missions très marrantes ^^
#3

Shaam
Grand chevalier

Tellement grisant de jouer le méchant, dommage que se soit aussi rare
#4

Lohengrin
Garde royal

Effectivement hyper-jouissif, la destruction des méchants "hobbit's carnassiers & obèses, un vrai régal AAAAAAAAAAAAh qu'il est bon d'être méchant au moins une fois dans sa vie! ... Et du moment que c'est marrant, et là c'était le cas!
Pour deux opus tout de même, que je garde précieusement dans leur boite* bien rangés dans ma vidéothèque
Dommage qu'il n'y ait eu d'autres déclinaisons !

A propos de déclinaisons !!! Celles des pubs, en bas de test(oui, oui, j'ai voté)
Ca me fait tout drôle de ne plus les voir!... C'est vrai qu'on s'y habitue, et que finalement cela ne dérange pas plus que ça! En fait même pour certaines revues de presse(l'accroche pouvait piquée ma curiosité) ainsi que le rappel des tests précédent pouvaient êtres un plus.

Message édité pour la dernière fois le : 16/09/2014 à 13:41

#5

kerlyenai
Garde

Haha, voilà un jeu qui manie l'humour noir et l'absurde (à la monty python) avec habilité. J'ai aussi joué à l'extension qui est franchement pas mal non plus. Ce jeu a quelques défauts mais n'est pas idiot (et ça fait du bien). J'attends le test du second opus!
#6

evolvia31
Citoyen

j'avais fait a l'epoque de sa sortie le jeu sur xbox 360 par contre j'avais que moyennement aimé le jeu.

certes le principe d'utiliser les "larbins" pour faire le sale boulot pillé et tout détruire était sympa mais je m'en suis relativement vite lassé a cause d'un gameplay très light :(

Mais en tout cas c'était un jeu rafraichissant et c'est rare de jouer les méchants :)
#7

Remontoir
Citoyen

J'ai testé la démo du II au moment de la promo steam il y'a quelques semaines.
Je reconnais que c'est bien réalisé avec beaucoup d'humour partout et que tuer et démolir à tout va (ah le massacre des bébé phoques...) est assez jouissif, mais finalement j'ai eu peur que ça devienne rapidement répétitif et de m'ennuyer.




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