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Silver

par Leuffen 10 Oct 2014 10:00 9

Joueurs du dimanche et noctambules, que diriez-vous d'un petit voyage dans le temps ? Oh, je ne parle pas de ceux que vous pouvez dégoter à l'agence au coin de la rue, ceux qui dégoulinent de pixels gros comme le pouce et d'un son 16-bit propre à vous vriller les tympans... même s'il en existe de très bons (mangez du One Way Heroics, du Half Minute Hero ou du What did I do to deserve this my lord, c'est bon pour ce que vous avez), le genre sert hélas trop souvent de pseudo-gage de qualité pour des jeux à moitié finis ou bancals.

Non, ce que je vous propose aujourd'hui est plutôt de remonter jusqu'en 1999 pour que nous nous intéressions à un jeu PC sorti tout droit de la forge des studios Infogrames, connus pour avoir filé des sueurs froides à toute notre génération avec des adaptations basées sur des bandes dessinées : Tintin au Tibet, Astérix & Obélix, Spirou et autres avatars à la difficulté rageante, cela vous rappelle quelque chose ? Ça y est, vous commencez à vous rappelez les épisodes de Joueur du Grenier ? Désolé, trop tard pour la fuite !

Heureusement, je suis décidé à vous parler d'une bonne cuvée, à savoir Silver, un action-RPG qui malgré son âge canonique saura je gage surprendre votre génération de jeunes blasés. Pour quoi donc ? Voyons cela de plus près.

 

Un suspense à couper les moufles

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le jeu se paye le luxe d'une entrée en scène dramatique : un narrateur à la voix plus grave que celle d'un Morgan Freeman enroué commence à raconter l'histoire de Silver, l'empereur incontesté du monde dans lequel vous allez évoluer. À présent mauvais comme la gale et vecteur d'une puissance démoniaque, il fut un temps où il n'était rien de plus qu'un sévère monarque avec femme et enfants... du moins jusqu'à ce que sa quête d'immortalité le pousse à commettre des actes de cruauté qui le fit s'éloigner de sa femme et la jeta dans les bras d'un chevalier à l'allure pourtant peu commode, Némésis. Apprenant leur relation, le vieillard étrangla sa moitié de ses propres mains et déclencha le début d'un long conflit avec l'individu cuirassé dont Darth Vador n'aurait sûrement pas renié la filiation. Celui-ci prit néanmoins fin lorsque le chevalier tendit une embuscade au monarque alors qu'il visitait nuitamment la galerie de son peintre officiel, surgissant d'un tableau tel un fantôme de Dorian Gray avant de sabrer son adversaire et de le jeter du premier étage. Mais il était dit que Silver ne craignait plus depuis longtemps la mort par le fer ou les lombaires brisés, aussi se releva-t-il presto et exila-t-il magiquement Némésis pour toujours.

Fin de la cinématique, mais pas de l'introduction.

Un temps indéfini plus tard, nous pouvons voir les sbires de l'empereur débarquer en nombre d'un navire, son fils à leur tête. Aboyant, ils proclament que par désir de se remarier le seigneur ordonne que toute femme en âge de porter un enfant lui soit amenée et qu'aucune ne sera rendue avant qu'il ait désigné une heureuse élue. La rafle commence aussitôt alors que tous les villageois alentours serrent les dents avec impuissance, certains se prenant même un revers de lame pour un regard de travers. Les soldats parviennent ensuite à une petite maison bucolique au bord d'une rivière où un jeune homme blond prénommé David s’entraîne au maniement de l'épée avec son grand-père à la langue bien pendue. Ni une ni deux, les reîtres s'emparent de Jennifer (la délicieuse femme de notre héros à la chevelure dorée) et l'embarquent avant que celui-ci ait pu la rattraper. Notre défenseur de l'opprimé jure alors sur ce qu'il a de plus cher de ramener sa mie à la place qui lui convient, c'est à dire derrière les fourn... je veux dire au plum... enfin à ses côtés !

Ne cherchez pas de développement scénaristique, vous n'en trouverez pas : tout le jeu repose sur le fil conducteur « David va sauver Jennifer, gruh » avec quelques menus rebondissements. À aucun moment vous n'aurez à faire un choix et vous serez en permanence sur des rails malgré une ou deux quêtes secondaires à moitié dissimulées que vous ferez en chemin ; la preuve, vous n'avez même pas de journal de quête dans le menu ! La simplicité du scénario n'est pourtant pas synonyme d'ennui, car le parcours du héros et des cinq compagnons qui croiseront sa route traversera une bonne dizaine de territoires à l'esthétique bien marquée, de la bibliothèque de magie au plan démoniaque en passant par une cité engloutie. Chaque niveau a sa dose de recoins et de caches auxquels vous ne pouvez accéder qu'une fois en possession des objets adéquats (généralement des clés) ; il n'est bien sûr pas indispensable de les découvrir tous, mais la plupart vous permettront de découvrir les items dont vous aurez besoin pour continuer.

 

   

Alors que Silver préfère la compagnie des cadavres, David peut être suivis par des donzelles à la cuisse leste.

 

Dans un groupe, on partage tout

 

La gestion d'équipement est quasi-inexistante. Une simple pression sur la touche de raccourci appropriée vous permet d'accéder à un menu radial comportant huit emplacements, lesquels vous redirigent vers autant de menus de même taille. Il ne s'agit cependant pas de raccourcis mais bien de l'inventaire complet : vous trouverez en tout et pour tout dans le jeu huit armes de corps-à-corps, autant d'armes à distance, de type de potions, de genre de magie, d'armes magiques, de boucliers, etc. Certains sont incassables, d'autres ont une durabilité, d'autres encore sont limités à une seule utilisation mais peuvent être stockés jusqu'à neuf exemplaires, mais tous s'y trouvent même si on peut noter qu'il existe un index de tous les objets (foncièrement inutile puisque les équipements sont rangés dans l'inventaire par niveau de puissance, mais il sert également de fiche de personnage). Vous l'aurez donc compris, les outils de meurtre et de protection sont parfaitement interchangeables entre vos différents combattants, donc rien ne vous empêche de filer un marteau à deux mains à un compère que ses statistiques définissent plutôt comme un mage.

Pour ce qui est de la gestion de personnage, on tombe également dans le basique et l'efficace. Les personnages voient leurs statistiques augmenter automatiquement à chaque gain de niveau, chose qui se produit à chaque fin de combat de boss, et la seule occasion où vous pouvez les voir fluctuer est lors de l'absorption de certaines potions.

Pour le reste, que dire sinon que l'exploration du monde se fait en temps réel, avec des "tableaux" qui changent à chaque fois que vous cliquez sur le bord de l'écran et que les personnages l'atteignent (à la Baldur's Gate)... mais qu'un système de déplacement instantané par lieux-clés via la carte du monde est implanté, si bien que vous n'aurez jamais à subir d'animation de voyage. Pour ce qui est de gagner de l'or, il tombe tout seul au sol dès que les adversaires sont abattus (faites les poches des humanoïdes, ça rapporte gros !) et vous pouvez le dépenser auprès de quelques rares marchands pour acheter des denrées diverses. Parmi ces denrées on peut trouver des potions, des munitions pour armes de jet, mais surtout de la pitance permettant de se régénérer même en plein combat au lieu des traditionnelles potions de soin (qui sont pourtant présentes)... Quoi ? Ne me dites pas que cela ne vous a jamais fait saliver, un bon rat rôti ?

 

   

Le camp des rebelles et la taverne de Glas font partie des seuls endroits où vous pourrez souffler un peu

 

Une carotte fraîche dans mon bide, un coup d'espadon dans le tien !

 

En bon Action-RPG qui se respecte, Silver est doté de mécaniques de combat aussi fluides que son gameplay général : tandis que trois de vos héros (David le blondinet obligatoirement inclus, hélas) vous verrez le plus souvent l'ennemi bien avant qu'il ne vous repère, ce qui vous permettra de vous équiper en conséquence vu que la plupart des adversaires ont des sensibilités élémentaires.

Comme nous l'avons vu plus haut, l'équipement est l'histoire de deux raccourcis et d'un clic. Le changement d'arme ne prend donc que le temps de la sélection et de l'animation de la dégaine, mais en l'absence de pause le personnage en pleine séance d'essayage risque gros. L'équipement est peu varié et est surtout différencié par la puissance (pour les armes) et la durabilité (pour les boucliers) ; les armes magiques quant à elles sont incassables mais ne disposent que d'un nombre limité de charges (trois ou quatre boules de feu/glace/foudre maximum) avant de se changer temporairement en arme de contact dont il faudra attendre le rechargement automatique pendant une poignée de secondes. Il vous sera également loisible d'équiper huit types de magie (feu, foudre, terre, glace, acide, soin, temps et lumière) que vous récupérerez au cours de votre aventure et dont l'utilisation vous permettra à la longue de débloquer entre deux ou trois niveaux de maîtrise pour chacune.               Par exemple, le premier niveau de magie d'acide vous permettra de lancer de simples projectiles, tandis que le second vous permettra d'expédier de véritables rafales et que le troisième déclenchera une pluie aussi drue qu'aléatoire sur toute la zone de combat. Heureusement, vous n'êtes pas obligé d'utiliser systématiquement le niveau le plus haut de chaque type arcanique et chacun est aisément accessible via un système de raccourcis bien pensé.

Si vous préférez une approche plus physique pour les affrontements, vous aurez accès dans le menu radial à des techniques de combat parfois spectaculaires (mention spéciale pour la botte de l'Aigle) qui ne consomment pas de mana mais dont les temps de recharge varient selon les dégâts maximum et la complexité de l’enchaînement. Attention, j'évoque des enchaînements non à cause d'une quelconque suite de QTE ou de mouvements de souris hystériques à faire (on était quand même sur PC en 1999, faut pas exagérer) mais plutôt à cause du fait que le jeu prenne en compte la direction des coups et que ceux-ci puissent faire reculer l'ennemi s'il est touché de plein fouet. Du coup, vous privilégierez certaines techniques contre les groupes d'adversaires, par exemple. À vous de réagir selon vos réflexes et votre style, d'autant plus qu'il vous faudra apprendre ou découvrir sous un champignon chacune d'entre elles. Par défaut, le clic gauche de la souris permet d'asséner un coup basique pouvant se changer en revers ou en estocade selon le mouvement du poignet que vous faites au moment d'appuyer sur le mulot. Frappez en même temps que votre ennemi, et vous annulerez son coup dans une gerbe d'étincelle digne d'un film d'action. Le clic droit sert pour l'utilisation du bouclier ou pour l'esquive arrière si la main gauche de votre personnage est vide. Enfin, pour ce qui est des attaques à distance, il est agréable de noter que le ciblage est automatique mais qu'un système de couverture existe et qu'il est donc nécessaire de mettre au point une stratégie dans le feu de l'action sous peine de se trouver lardé de partout.

 

   

Que vous vous frittiez contre des élémentaires ou des squelettes, l'esquive est votre amie !

 

Des décors qui ont de la profondeur

 

Le fait est que le jeu est pourvu d'une patte graphique remarquable, dans le genre bucolique à la Baldur's Gate : si les personnages en 3D et leurs animations ressemblent à des réchappés de Final Fantasy VII (quitte à me répéter, 1999 oblige), les décors en 2D isométriques sont de toute beauté. Peu importe que ceux-ci soient rarement interactifs et que l'exploration de l'archipel qui compose le monde soit limitée à des lieux-clés d'une longueur variable, chaque endroit possède sa propre identité. Qu'il s'agisse des ruelles enténébrées et pluvieuses de Glas, du moulin de Ruben ou de la forteresse démoniaco-technologique de Silver, tout est souligné de musiques grandioses et de bruitages d'une qualité très variable. On en viendrait presque à oublier qu'on a l'oreille presque saturée de glapissements, grognements et autres cris de douleurs électroniques à chaque combat (j'ai néanmoins un faible pour le bruit d'explosion gélatineuse que fait un ennemi qui se disloque dans une gerbe de sang lorsque vous l'achevez avec un coup critique). L'absence totale de personnalisation de vos foudres de guerre en devient d'autant plus regrettable. Pas même une tenue ou une couleur alternative à débloquer tout au long de la vingtaine d'heures de jeux, c'est quand même dommage et cela ne fait que souligner le manque de profondeur des personnages. Bien que leurs interprètes aient fait un boulot remarquable (mention spéciale pour Grand-Père et son ton mi-bougon mi-moqueur), c'est le bout du monde si vous apprendrez d'eux davantage que la raison de leur motivation pour casser du tyran.

 

   

Pour sûr, vous allez cravacher !

 

À présent la question à mille pommes vertes : s'agit-il d'un bon ou d'un mauvais jeu ?

Difficile à dire, puisque Silver est un vieux rpg : il est aussi classique qu'efficace jusque dans son scénario très cliché (« le chevalier blanc va sauver la princesse »), et les mécaniques sur lesquelles il repose sont aussi simples que bien pensées. Tout se joue au raccourci clavier et à la souris, donc ce n'est qu'un coup de main à prendre avant de se familiariser avec les différentes possibilités qu'offrent les écoles de magie et les techniques de combat. Vous en aurez bien besoin, vu que les ennemis ont des magies ainsi que des façons de combattre variées, et ne fut-ce que passer outre la garde d'un chevalier se révélera un morceau de bravoure. Intégralement en français (même si j'ai été obligé d'utiliser une version anglaise à cause d'un problème technique insoluble), les dialogues n'offrent que peu de choix mais vous ne trouverez jamais de PNJ qui parle pour ne rien dire. Une façon d'exposer que le charme désuet de ce jeu implique de demeurer sur des rails et que vous n'aurez que peu d'intérêt à y rejouer... sauf si vous comptez explorer pleinement les possibilités des différentes combinaisons de personnages, qui se caractérisent surtout par des variations notables mais savoureuses des dialogues. Le jeu vous tiendra en haleine pendant une bonne vingtaine d'heures, ne fut-ce que parce qu'aucun combat n'est gagné d'avance : vous êtes toujours en train de chercher le bon timing pour esquiver, contre-attaquer, peaufiner votre stratégie dans le feu de l'action... ce n'est pas un Dark Souls, mais la défaite n'est jamais loin !

 

Apprécier Silver, c'est accepter de passer outre un certain nombre de détails auxquels nous ont habitués les rpg modernes, de fermer les yeux sur des rebondissements prévisibles et de se laisser emporter par une histoire de chevalier comme celle des légendes arthuriennes qu'on vous lisait quand vous étiez petits. Il n'est pas aisé à trouver, mais ce ne sera qu'à petit prix... alors laissez-vous tenter ! Puissiez-vous y trouver votre Carthage.

LES PLUS
  • Le système de magie
  • L'univers
  • Vivienne
  • Le dynamisme des combats
LES MOINS
  • Le scénario plat
  • Le manque de profondeur des personnages
  • David !
  • Jennifer !

7/10

Commentaires (9)

#2

Chinaski
Grand chevalier

Putaing ! Je l'avais oublié celui-là.
7/10 c'est généreux. Dans le même genre, rpg light avec histoire débile ( si, si c'est un genre ), je lui préfère largement Nox, sorti l'année suivante.

Message édité pour la dernière fois le : 11/10/2014 à 00:21

#3

all_zebest
Héros

Nox, un jeu qui m'avait mis la haine parce que je me suis retrouvé bloqué à un endroit après avoir tout essayé.
Silver est un jeu que j'ai dans ma bibliothèque et dans lequel je ne me suis pas encore lancé. Je ne sais pas si ça vous fait ça à vous aussi, mais jouer à un jeu que j'avais acheté il y a longtemps et à peine touché me procure plus de plaisir que de jouer à un jeu que je viens d'acheter. J'ai l'impression de mieux profiter de mon argent. Etrange, non ?
#4

mOshman
Villageois

"Je ne sais pas si ça vous fait ça à vous aussi, mais jouer à un jeu que j'avais acheté il y a longtemps et à peine touché me procure plus de plaisir que de jouer à un jeu que je viens d'acheter. J'ai l'impression de mieux profiter de mon argent. Etrange, non ? "

Exactement le même sentiment rapport Arcanum lancé (sérieusement) pour la première fois la semaine passée
Quand à Silver je me rappelle l'avoir eu il y a des années, sans toutefois trop me rappeler de l'histoire, bien qu'ayant assez avancé dessus. Vais essayer de le récupérer d'occasion..
#5

Killpower
Gobelin

J'ai la grosse boîte de Silver en version économique et je m'y replongerai avec curiosité car j'y ai peu mis les pieds en fin de compte.
Quant à Nox, du pur bonheur tellement il est bon et rafraîchissant. Le multi était génial. UN jeu court mais tellement original.
#6

Mickaelus
Garde

C'est un jeu qui a été supprimé du catalogue de GOG il n'y a pas longtemps, je me demande bien pourquoi.
#7

Simonosaurus
Noble

Je l'avais sur Dreamcast y'a bien longtemps. J'étais en plein dans ma période Fallout 2/BG2/Planescape, alors forcément Silver n'avait pas tenu la comparaison et j'avais vite pris ce jeu en grippe.

Message édité pour la dernière fois le : 11/10/2014 à 18:43

#8

Chinaski
Grand chevalier

Nox, un jeu qui m'avait mis la haine parce que je me suis retrouvé bloqué à un endroit après avoir tout essayé.

Ah ouais, presque pareil. Arrivé chez les mages, dans leur tour, je suis resté bloqué des jours... Du coup, le jeu n'était pas si court que ça pour moi...

#9

conceptgame
Novice

C'est l'un des premiers tests de ce jeu que je vois depuis un paquet d'années.
Malgré son scénario au raz des pâquerettes, il possédait un univers bien à lui.
J'avais bien apprécié les commandes à la souris qui le rendait plus dynamique que les jeux du genre de l'époque.
#10

Mickaelus
Garde

Je me fais un devoir de rectifier mon propos précédent ; Silver n'a disparu que momentanément de chez GOG finalement, sans doute du fait de la détention des droits par Nordic Games désormais. J'ai profité des soldes actuelles pour l'acquérir à 1,19 € seulement, car je me souviens avoir été enchanté par l'écoute fugitive d'une musique du jeu à l'époque, et il sera plus que temps de le découvrir bientôt.




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