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Grotesque Tactics 2 : Dungeons and Donuts

par Leuffen 04 Nov 2014 10:00 7

Joueurs du dimanche et noctambules, vous est-il déjà arrivé qu'une mauvaise blague qui vous visait s'avère finalement un coup de chance ? Avez-vous par exemple déjà marché dans des fèces factices et, stoppant votre marche en grommelant pour vérifier l'état de votre chaussure, évité le pot de fleur assassin qui visait votre occiput depuis le balcon de madame Michu, au quatrième ?

Le jeu auquel nous allons nous intéresser laisse la même impression, ne fut-ce que par son titre déroutant : Grotesque Tactics – Dungeons & Donuts. Second opus paru en 2011 d'une série comprenant deux épisodes et un spin-off, ce jeu pc signé HeadUp Games a de prime abord autant de sex-appeal qu'une adaptation vidéoludique des pérégrinations de l'inspecteur Derrick (qui existe, au cas où vous vous poseriez la question)... avec laquelle il a d'ailleurs en commun le fait d'être interprété en anglais et en allemand, sous-titré dans ces deux langues. Mais quels amateurs de jeux de rôle serions-nous si nous ne faisions que juger les livres à leurs couvertures ? Alors, s'agit-il d'un diamant brut ou d'un crottin préhistorique fossilisé ? Voyons cela de plus près !

 

Il faut manger les bébés.

 

Foin de scatologie et entrons dans le vif du sujet.

La première chose à savoir à propos de Grotesque Tactics 2 est qu'il repose sur un paradoxe : il s'agit d'un jeu aux mécaniques sérieuses qui ne se prend pas au sérieux.

Prenez le début du jeu ; vous incarnez un homme racé, vêtu de noir, vaguement dépressif et armé d'un fleuret répondant au doux nom de Drake. En pleine conversation avec un paladin en armure dorée et à lunettes de soleil nommé Holy Avatar (Holly pour les intimes) encadré par sa meute d'archères à forte valeur pulmonaire, vous apprenez que vous formez un groupe visant à contrer une menace ayant chassé tous les peuples civilisés de la surface vers les souterrains. Ces peuples (à savoir humains, elfes et gobelins) ne sont évidemment pas raccords sur la façon dont il faut s'y prendre ou même sur la nécessité de collaborer... et c'est pourquoi, en signe de bonne volonté envers les longue-oreilles, décidez-vous de leur apporter un bouclier appartenant à un de leurs morts, tombé au champ d'honneur sous terre contre des blobs. Coup de chance, vous vous trouvez dans un hôpital de campagne où les cadavres abondent ; hélas, le seul trépassé qui convienne a encore les doigts crispés sur son pavois, et vous ne pouvez le lui arracher sans outil. En fouinant un peu, vous trouvez une fabuleuse paire de ciseaux qui vous permet d'accomplir votre tâche macabre et de vous présenter devant les brouteurs de salade avec un bouclier sur lequel sont encore agrippés des restes de phalanges. Après quoi vous vous ferez poignarder par un vampire à l'accent français. Puis vous souffrirez « d'amnésie du héros ». Puis vous ferez cuire un poulet pour fonder une guilde sur l'ordre d'un chambellan espagnol s'appelant Senor Don. Puis vous volerez un soutif sur le mur des trophées de la guilde du Holy Avatar pour l'offrir à un gobelin de la guilde des mercenaires en échange de sa gratitude éternelle. Dois-je continuer à énumérer les exemples nullement romancés ?

Vous serez donc amenés à vous lancer dans des quêtes plus incongrues les unes que les autres mais elles vous surprendront en vous forçant à faire fonctionner vos petites cellules grises pour trouver le bon PNJ à qui vous adresser ou le bon objet à crafter selon la décision que vous aurez pris pour les résoudre. Préférerez-vous donner 200 golds à un gobelin pour qu'il vous susurre le mot de passe qu'il vous manque, ou préférerez-vous lui acheter la recette des cookies qu'il adore pour 100 golds de moins et lui en préparer pour l'amadouer ?

A vous de voir, mais certaines de vos décisions pourraient avoir des conséquences... intéressantes.

 

   

Compagnons d'aventure ou de mésaventure ? Difficile à dire.

 

La lumière au bout du tunnel ?

 

Aussi absurde qu'il paraisse, l'univers dans lequel évoluent les personnages est articulé de façon logique : chassés de la surface, les survivants des trois races se sont retranchés dans la « cité » de Sanctuary (en vérité rien de plus qu'une demi-douzaine de pièces agencées autour d'un corridor, d'une salle du trône et de deux commerces pouilleux) qui constitue une sorte de HUB à partir duquel vous pourrez accéder à l'ensemble de vos futurs territoires de chasse via les tunnels ou le classique portail magique. Tous les terrains environnants ne seront accessibles que lorsque les quêtes qui leur sont associées vous le permettront, et il ne vous servira généralement à rien d'y retourner puisque le repop des monstres est inexistant. Ce qui peut s'avérer problématique lorsque vous êtes à la recherche de gelée de blob et d'un tonneau d'eau de pluie pour distiller cette fameuse bière verte dont raffolent les gobelins.

Ne vous attendez donc pas à un écosystème/bestiaire varié, mais au moins sera-t-il riche : entre les araignées géantes, la cavalerie gobeline montée sur porc, les blobs capables de manier une hache qu'un aventurier malchanceux leur a laissée plantée dans le dos, les squelettes hippies et les lapins géants fantômes (pour ne citer qu'eux), vous aurez de quoi vous amuser. Les choses ou bestioles que l'on pourrait taxer « d'anachroniques » dans un univers heroic-fantasy digne de ce nom ne sont pas légion, et ils s'avèrent étonnamment bien inclus dans l'univers du jeu... à la façon dont les choses les plus absurdes paraissent logiques présentées sous le bon angle. Quelqu'un a dit 42 ?

Pour en revenir à ces trois races d'exilés, vous pourrez remarquer qu'elles se sont regroupées en quatre guildes qui représenteront autant de factions dont il faudra gagner les faveurs pour gagner or et reconnaissance ; à savoir celle de Holy Avatar et de son fan-club, celle des elfes, celle des mercenaires ainsi que celle de Sanctuary même. Vous serez obligé de marquer des points (littéralement) auprès d'elles pendant un certain temps pour simplement avancer dans l'histoire principale, mais rien ne vous empêche de tenter de débloquer davantage de choses.         Tout est bon pour fédérer des individus vilement focalisés sur leur survie alors qu'à la surface un mystérieux brouillard boulotte tout être de chair lui passant à portée de pseudopodes !

 

  

La guilde des mercenaires et la princesse Lascizva, deux visions de la vie opposées.

 

Mon arc est vôtre, et ma hache, et ma harpe, et mon tonneau de bière...

 

Pour faire face à cette menace sans nom, votre fière troupe n'aura au final que peu d'outils. Chacun d'entre eux dispose d'un type d'arme attitré (rapière, faux, harpe, tonneau, j'en passe et des meilleures) disponible en plusieurs coloris, et de même pour les armures. Les différences entre chaque équipement d'un même genre sont assez minimes et se limitent généralement à une variation de la valeur de protection, voire à une poignée de PV supplémentaires... mais c'est amplement suffisant, dans le sens où cela amène à ne pas se focaliser sur la chasse au meilleur équipement comme dans la plupart des RPG et à se focaliser davantage sur l'univers ainsi que l'humour dont il est imprégné. Rajoutez à cela deux emplacements d'accessoires conférant des bonus plus conséquents, et vous aurez un panel complet des maigres variations proposées par l'équipement.

Niveau compétences, cela vous paraîtra de prime abord tout aussi maigre : quatre techniques par personnage, plus une option pour les faire patienter ou leur faire adopter une attitude défensive. Étonnamment, cela s'avère également suffisant : chaque personnage possède un gameplay très différent de celui de son voisin et permet de varier les tactiques envisageables... autant que le permettent les champs de batailles parfois étriqués et la nécessité de frapper vos adversaires par derrière de façon à maximiser les dégâts. Tâche moins ardue qu'il n'y paraît puisque les ennemis ne penseront jamais à vous larder pendant que vous les contournerez, ce qui vous amènera néanmoins à prêter le flanc à d'autres attaques puisqu'il est impossible de se repositionner après avoir attaqué.

Là où le système de compétences devient intéressant, c'est qu'outre quelques points de caractéristiques alloués automatiquement à chaque niveau gagné, vous obtiendrez également un point de compétence à investir dans un arbre de talent à deux branches pour chaque personnage. Ainsi, si certains talents vous permettront d'augmenter vos points de vie, votre taux d'esquive ou votre protection, la plupart d'entre eux ajouteront des effets aux skills ou diminueront leur coût en mana. Évidemment, n'imaginez pas pouvoir monter les deux branches à la fois, surtout au vu du fait que le gain d'expérience est limité par l'absence de repop des monstres. Néanmoins, il faut noter que les développeurs ne se sont pas montrés complètement obtus sur ce point puisqu'ils ont pensé à implanter un système d'arène permettant de combattre certains monstres pour un faible gain d'exp.

Pour ce qui est des combats, vous vous retrouverez en terrain connu : du tour par tour, du déplacement à la case, des chances d'esquive et de coups critiques, une barre d'action en fonction de l'initiative de chacun, une barre de PV et de mana, sans parler des potions de soin qui vont bien. Les affrontements peuvent parfois se révéler un poil long du fait que tous les membres du groupe se retrouvent impliqués dans chaque bataille (sans parler à plusieurs reprises de PNJ à escorter, contrôlables ou non), mais les mécaniques de jeu évidentes permettent une prise en main rapide et renforcent l'impression trompeuse de simplicité qui se dégage de prime abord de ce RPG.

 

  

Blobs, araignées, zombies hippies... devinez ce qu'il y a au goûter ?

 

Y'a pas de dragon ? Non, on n'a pas le niveau 

 

Revenons au point fort de ce jeu, à savoir son humour. Qu'il soit de situation ou de parole (pour peu que vous maîtrisiez un tant soit peu la langue de Shakespeare ou de Goethe), de premier ou de second degré, original ou de référence, vous aurez droit à du comique à toutes les sauces. Les accents des personnages, les animations de coups ratés, les dialogues polis jusqu'à devenir aussi brillants que du diamant (dédicace spéciale à ceux de la mort-vivante aux trois quarts dénudée Sweet Violence), le design des monstres, les séances de cuisine, le monde même portant le nom de Grotesque, la persévérance des protagonistes à briser le quatrième mur... vous en aurez pour votre argent au point d'en avoir mal aux côtes.

Tout, absolument tout dans ce jeu est orienté de façon à souffleter les standards établis par les développeurs de RPG des vingt dernières années : les armures féminines à la coréenne – je veux bien sûr parler du principe du « moins ça couvre, mieux ça protège, avec un facteur exponentiel selon le potentiel boobesque » –, l'amnésie chronique d'un héros au début d'une aventure, les quêtes FedEx, le fait de commencer avec des armes en bois alors qu'il s'agit de la suite directe d'un premier jeu, les stéréotypes racistes et sexistes, etc. Grotesque Tactics – Dungeons & Donuts joue de tout cela avec plus ou moins de doigté pour notre plus grand bonheur. On frise toujours l'overdose, l'indigestion, mais on en redemande encore parce que c'est rafraîchissant.

 

A présent, la question à cinq cents golds et un poulet frit : s'agit-il d'un bon ou d'un mauvais jeu ?

Ma foi, tout dépend de ce que vous cherchez. En terme de gameplay pur, le jeu se révèle extrêmement basique : les quêtes (qui présentent parfois des rebondissements ou des complications qui vous n'auriez pas pu imaginer) s’enchaînent avec des combats que l'on pourrait trouver répétitifs s'ils étaient plus fréquents puis avec de courtes phases d'enquête. Agréable, mais on en voit d'autant plus vite le bout qu'aucune situation ne vous opposera un réel challenge, et une grosse vingtaine d'heures devrait vous suffire pour presque tout boucler. La rejouabilité est quasi-nulle, à part si vous tenez vraiment à voir les différents développements ou méthodes de résolution (fort courts) de chaque quête. Au niveau du contenu pur, l'univers de Grotesque vous réserve bien des surprises même si vous gardez à l'esprit que la trame scénaristique est volontairement simple. Le héros récupère des compagnons et va découvrir comment sauver le monde, point. Les valeurs ajoutées sont bien entendu l'humour, l'absence insigne de bugs et l'inspiration des interprètes qui vous feront passer un excellent moment... à condition de ne pas s'attarder sur la qualité des graphismes qui en fera grimacer plus d'un.

Le jeu est disponible à peu de frais sur Steamil n'est pas nécessaire de jouer au premier opus pour comprendre l'histoire, il peut tourner sur n'importe quelle configuration et est d'une prise en main impeccable à la souris, alors pourquoi se priver je vous le demande ? Puissiez-vous y trouver votre Carthage.

 

LES PLUS
  • L'univers décalé
  • L'humour omniprésent
  • Dawnclaude, le vampire français
  • Un RPG satirique de RPG
LES MOINS
  • On y revient au mieux par nostalgie
  • Manque d'équipement
  • Impression récurrente d'être perdu entre deux quêtes
  • Cela pique parfois les yeux

6/10

Commentaires (7)

#2

Djefel
Noble

Je me l'étais pris sur un coups de tête, ça va peut-être me motiver à le faire
#3

Caldanath
Gobelin

Je crois que tu as lu ton post-it pour les courses
#4

mophentos
Paladin

je n'ai jamais eu l'occasion d'y jouer car il est uniquement en anglais :(
#5

kerlyenai
Garde

Je l'avais acheté pour une bouchée de pain en espérant rire un peu. J'ai ri encore moins que ça...
Pour ce qui est de l'aspect technique c'est assez vieillot et buggé.
#6

Chinaski
Grand chevalier

Comme Hard to Be a God ou bien A Farewell to Dragons, le jeu a l'air un peu pété mais j'ai une incoercible envie d'y jouer.
#7

all_zebest
Héros

A Farewell to Dragons, un jeu assez addictif, avec une jolie musique (libre de droits ? Il semblerait que ce soit la même que dans Eschalon - à vérifier) assez dur, que j'aimerais finir mais il parait qu'à la fin on n'a pas de cinématique et que le texte n'apparaît pas... Quant à Grotesque Tactics en général, personnellement, j'adhère. Je viens de me prendre le troisième épisode et j'espère qu'il est aussi sympa.
#8

Lemmy
Garde

Je sens que ce jeu sera offert prochainement, je sais pas pourquoi ?




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