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Preview de Confrontation

par Phenos 10 Fév 2012 17:05 7

Après la liquidation judiciaire de Rackham Entertainment, Cyanide a acquis les droits d'exploitation du jeu de figurines Confrontation, offrant du même coup une nouvelle perspective de développement à l'univers d'Aarklash. Depuis l'adoption, le morveux a pris de la graine et s'est transformé en petit teenager revanchard, revendiquant une liberté vis-à-vis de ses géniteurs, tout en conservant une part certaine de filiation. Même code génétique que le jeu de plateau, mais la volonté indéfectible de se démarquer, à grands coups de gameplay rageurs dans un monde au game design généreux. Confrontation, ou le level up d'un univers.

 

Forte tête bien dans ses baskets

 

Depuis la nuit des temps, les terres d'Aarklash souffrent des chamailleries divines, ces marionnettistes du ciel jouant et se jouant des hommes, jusqu'à ce que sonne le round final, où chaque dieu choisira un champion pour le représenter dans une apothéose dantesque, l'ère des ténèbres du Ragnarok. Choc des Titans like, le charisme en plus, Sam Worthington en moins. A la différence que Confrontation est scindé entre la faction humaine (le Griffon), et diverses entités : le Scorpion, adversaires de toujours portés sur l'alchimie, le Loup, des canis lupus sur deux pattes spécialisés dans l'artisanat et la technique, tandis que le Chacal désigne les Orques, brutes vivant de leur troc en horde. A chaque camp correspond un environnement au level design propre, caractérisé par un couple intérieur/extérieur de maps, chacune d'entre elles bénéficiant d'une mission spécifique, liée par la narration. Un jour nous progressons dans un labo labyrinthique du Scorpion, regorgeant de pièges chimiques et d'expériences antipathiques, le lendemain on poursuit un fuyard dans un ravin du Chacal, propice aux embuscades d'archers orques. Notre périple, à la tête d'un corps d'élite du Griffon s'infiltrant au coeur du territoire ennemi, est le prétexte parfait pour visiter sous toutes les coutures le monde d'Aarklash. Par monts et par vaux, on enquête sur la menace grandissante du Scorpion, dont les rangs ont été récemment renforcés par des créatures dopées au steak espagnol, le super-tank Mecasyatis en tête... De carte en carte, victoire après victoire, notre escouade fait le jour sur la vérité, et démantèle l'embrouillamini scorpionnesque, en un peu moins de trente heures, durée de vie convenable au regard de l'ultra-scénarisation. La linéarité omni-présente promeut malgré les apparences une relative liberté du joueur, invité à explorer des zones secrètes, dissimulées derrière des murs plus fragiles qu'ils n'y paraissent, ou à partir à la recherche de glyphes, permettant des améliorations d'armes et armures. Le temps d'admirer un game design nourri aux artworks originaux de Rackham, qui parvient à nous faire oublier des performances graphiques plus va-nu-pieds que Bettencourt, dire si c'est une réussite artistique. La campagne marketing non contente d'être dérisoire, m'avait procuré de vilaines frayeurs, face à la diffusion de screens aliasés et d'un teaser mou de la bidasse, ne rendant certainement pas justice à Confrontation. Par exemple, l'ambiance de la forêt du Loup m'a conquis, gentiment flippante dans son obscurité toute végétale, parsemée ici et là de plans d'eau fétide, un peu plus et je sentais la douce odeur de l'écorce, mêlée aux relents d'un chevreuil crevé par les dents longues.

 

 

 

Sur le plan de l'univers comme sur celui du gameplay, de part son ossature à cheval entre le RTS et le RPG, Confrontation ne renie pas ses origines, il galope vers l'hommage. A l'image de n'importe quel jeu de figurines, chaque unité a une valeur propre définie ad vitam æternam par un livre de règles. Le jeu vidéo cite avec bienveillance son aîné, la pratique abjecte du level-scalling étant définitivement hors-sujet - technique de développement qui consiste à niveller les ennemis, accessibles d'un héros comme d'un zéro. Confrontation relève un défi autrement plus ambitieux, celui de fixer des statistiques définitives aux bébêtes malfaisantes, sachant que plus vous progresserez, plus vous en rencontrerez par flopée; pour le joueur, la sensation d'une véritable montée en puissance. Les teignes qui nous fournissaient initialement du fil à retordre, se transforment finalement en arlésiennes, tandis que leur grand frère ramène sa fraise en guise de soutien familial, et futur déjeuner de nos guerriers. Les quelques cinquante-deux unités du jeu, soit treize par factions - comprenant les héros, pardon du peu, fourniront une variété indispensable à ce procédé qui sans bestiaire robuste s'écroule, tel un Jacky privé de son red bull. Une fois la première unité dérouillée, celle-ci sera répertorié dans le codex, véritable guide de survie inventoriant les données relatives aux adversaires rencontrés, de nouveau un clin d'oeil au jeu de plateau. Si en enchaînant les batailles les unes après les autres, Confrontation adopte une structure similaire à la campagne solo d'un RTS, c'est au détriment d'un volet rôleplay totalement absent, la dénomination RPG désignant essentiellement l'évolution des statistiques de notre groupe, ainsi que le gameplay qui emprunte beaucoup à un Baldur's Gate 2. Mais ne me faîtes pas dire ce que je n'ai pas dit, le titre de Cyanide ne se destine pas exclusivement aux puristes de l'univers, le renouvellement de systèmes de jeu passés aux oubliettes, mode oblige, ravira tous les joueurs désireux d'une expérience alternative aux machines de guerre Bethesda ou Bioware. Bref, le titre de Cyanide assume dans le même temps son statut de successeur et de pionnier, en recyclant des concepts sans âge, paradoxalement innovants car oubliés de tous, mais surtout d'une efficacité redoutable... Pour cela, laissons parler la castagne, car Confrontation porte on ne peut mieux son nom; le soft excelle dans les échauffourées. Faîtes vos jeux, rien ne va plus.

 

    

 

 

Affreux, sales et méchants

 

Darius l'officier, Zelia La Pyromancienne, Lanwys le Thallion, voici quelques noms que nous côtoieront quelques dizaines d'heures durant. Je l'ai évoqué rapidement ci-dessus, on dirige une escouade de quatre héros, choisis dans la masse de gros bras qui souhaitent se joindre à l'aventure, sachant que la sélection est renouvelée à la fin de chaque carte, voire même au sein des donjons, via un Sanctuaire. Chacun des douze archétypes d'unités correspond grosso modo à la spécialisation d'un membre de l'escouade, à l'exception de Darius, un cas un peu à part, normal c'est le super-héros. Bien sûr, il est possible de modeler nos champions en fonction de notre approche du jeu, en boostant certaines caractéristiques plus que d'autres (la force, l'intelligence, la dextérité...), complétées par des compétences spéciales, upgradables sur cinq niveaux. Mais attention, en adopter une, signifie renoncer à l'alternative du même palier, pas de retour en arrière envisageable. De la progression des combattants au choix du groupe en début de carte, tout contraint le joueur à opérer une stratégie globale. Solides et nombreux, vos adversaires ne vous feront aucun cadeau, et ne comptez pas sur la régénération de la vie au cours des combats, ici elle a lieu une fois tous les méchants occis. Bref, l'engagement est total. Les combats d'une rare profondeur tactique se déroulent en temps réel, temps que l'on arrête fréquemment pour distiller nos ordres, et anticiper les offensives ennemies. Sachant que chaque classe de compétences correspond à une couleur (provocation, guérison, attaque, etc...), et que les incantations prendront la teinte de leur catégorie, il s'agira pour vous de préparer un contre le plus adapté qui soit. Vous pouvez envoyer un sort de silence via votre Nécromancien, mais le sortilège sera t-il plus rapide que son concurrent, ou provoquer la cible en la chargeant avec votre tank, si celui n'est pas déjà pris ailleurs. Globalement, les rixes sont de vastes micmacs, où chaque action en contraint une autre, et où le soutien entre co-équipiers est indispensable. Vais-je avoir recours à cette compétence, bien qu'avec mes 100 d'Endurance, c'est risquer d'être à sec comme un vieux tacot dessoudé? Est-ce que je m'y engage, tablant sur une régénération rapide, ou bien je programme deux compétences à 50 d'endurance chacune, cependant moins déstabilisantes qu'une charge musclée? Mon mage attend-il que son Mana reflue progressivement, sachant que s'il est provoqué cela signifiera libérer un compagnon pour le secourir ? Ou transforme t-il quelques uns des Points de Vie en Points de Mana pour lancer une immunité au contrôle, initiative qu'il regrettera peut-être plus tard, s'il ne peut soigner ses alliés au plus mal ?

 

 

     

Comme dans Baldur's Gate 2, la pause stratégique prend le pas sur le temps réel, l'analyse et la préparation étant privilégiées, favorisant le passage par la barre d'actions. Une pléthore d'éléments constituent la richesse du gameplay de Confrontation; par exemple la couleur en principe indicatrice est trompeuse, car elle annonce la conséquence principale d'une compétence, pas ses divers sous-effets tout aussi crevards, le sommet de l'iceberg dissimulant les pingouins. Le titre de Cyanide regorge d'effets pervers, ne serait-ce que les vilains invisibles qui vous attaquent sans crier gare, ou les patrouilles de garde vous tombant dessus bien que vous essayez déjà de contenir une platée de leurs potes, quand ce n'est pas le terrain qui vous joue des tours, votre position sur les dénivelés déterminant la distribution de bonus. Ajoutez à cela une brume style purée de pois cassés, allègrement appelée brouillard de guerre, ce truc fendard qui ne nous réserve jamais d'agréables surprises. Le point d'orgue de la virtuosité du développement résidant en l'I.A., maîtrisée de bout en bout, intelligente bien qu'artificielle. Elle s'adapte, ne se fixe pas sur un personnage, mais dispose d'une vraie cohésion d'ensemble, s'en prenant presque systématiquement aux champions les plus faibles, isolant vos soutiens. Il faudra dès lors provoquer les unités adverses, pour leur imposer de tabasser votre tank. Comprendre, pas d'aggro stupide à la Word of Warcraft. Adaptez-vous les amis, faîtes preuve d'initiative, intelligemment c'est toujours mieux, car les combats n'ont jamais été aussi serrés, et les suggestions pour s'en tirer aussi abondantes - j'oubliais, cent-cinquante compétences sont disponibles. De toutes façons, évitez les faux pas, mourir dans Confrontation, c'est la super loose, au sens littéral du terme: vous perdez. Lorsqu'un de vos héros prend un ultime coup de tatane dans les cacahouètes, il s'effondre au sol, avec un point de vie. Il agonise. Dans ce cas, envoyez un de ses compagnons le secourir, sous quoi une minute plus tard la défaite est assurée, et c'est vous qui rejoignez l'écran des sauvegardes. Ce système d'un vice sans-nom, prive non seulement vos guerriers d'une belle mort, qui certes nécessiterait de se ré-organiser, mais puisqu'il faut ici l'éviter quel qu'en soit le prix, vous vous privez de deux héros pendant un temps imparti. Les batailles peuvent emprunter un tournant fatidique à n'importe quel instant, le secours apporté est alors synonyme de stress, puisque l'ennemi comprend que c'est l'occasion de prendre un ascendant déterminant, et met la pâtée. Soit vous tentez d'annihiler la troupe ennemie en moins d'une minute, ou bien vous vous privez de la moitié de votre escouade. Vicieux à souhait... Que demander de plus?

 

 

 

 

Lascar super-star

 

Sur bien des points, à l'image d'un ado' partagé entre l'envie de se démarquer de ses parents, mais reconnaissant certaines valeurs communes, Confrontation narre la grande histoire de l'adaptation. Déjà du joueur, par un gameplay tactique, où chaque décision s'inscrit dans une vaste combinaison, comprenant terrain, nature des ennemis, objectif de la mission... Ensuite de Cyanide, qui se conforme à l'univers de Rackham, en faisant du pied aux systèmes de jeux de figurines, tout en proposant en tant que jeu vidéo une expérience unique. Finalement, un projet anti-conformiste, développé avec foi et cran, par un studio qui croit en son RPG/RTS de niche, allant à l'encontre du tout-blockbuster régnant en maître depuis quelques années. Esprit low cost, sans cinématiques pré-calculées, mais avec une liberté séduisante, foisonnant d'idées. Moi qui partais définitivement loin d'être conquis, j'ai découvert un titre que j'attends au final bien plus qu'un KOA: Reckoning ou Mass Effect 3, fidèles aux règles de la fricaille. Parce qu'il ne fait rien comme les autres, anti discipline à papa, Confrontation est le teenager que l'on ne peut s'empêcher d'aimer.


 

Commentaires (7)

#2

Eusebius
Citoyen

Merci beaucoup pour la preview ! ça fait très envie, notamment le système de combat.

j'adore les T-RPG et autres mixs entre RPG et RTS, donc je suivrai ce jeu avec attention (comme toutes les prods Cyanide de 2012 en fait^^). j'ai jamais joué au jeu de plateau même si je connaissais l'univers, mais l'adaptation a l'air de valoir le coup en tout cas.
#3

Mercks
Guerrier

Merci pour ta prose, une fois encore, te lire est un plaisir.
#4

AbounI
Grand gobelin

Merci pour ton texte, il en ressort après le point final un titre prometteur et qui mérite toute mon attention, avec un gameplay apparement à ma convenance: pause active.

Il me tarde de l'essayer ce titre à contre courant de qu'on nous propose actuellement.Une tite brise fraiche malgré ce frois de pinguoin.
#5

diditigrou
Guerrier

Est-ce qu'il y a des vidéos de ce jeu ?

Il a l'air bien sympathique.
#6

Phenos
Citoyen

Il y a le teaser (mou de la bidasse :p) que j'évoque. Sinon rien, c'est assez désastreux comme communication, une petite vidéo de 2 minutes donc, aucun live qui pourrait mettre en avant les systèmes de gameplay, peu de screenshots, et on est très peu à avoir vu le jeu en démonstration. En soit Confrontation est bel et bien un RPG/RTS de niche, mais cela ne signifie pas qu'il mérite qu'on ne s'y attarde pas, et la communication de Focus joue pour l'instant en sa défaveur.
#7

diditigrou
Guerrier

Ouais, puis on voit pas trop le gameplay non plus...

Merci tout de même Phenos.
#8

alize85
Novice

Message supprimé le 19/02/2012




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