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Preview : KeeperRL

par Iosword 17 Mar 2017 10:00 2

Incarner un personnage maléfique est peu commun dans le jeu vidéo ; si certains genres comme (au hasard) le RPG ont tendance à laisser aux joueurs une marge d’interprétation, il est pourtant rare que l’avatar puisse totalement sombrer du côté obscur – tout salopard qu’il puisse être, c’est souvent un élu destiné à sauver le monde. Pourtant, certaines licences ont fait de leur vision du Malin et de ses lieutenants leur concept premier, comme Overlord ou encore Dungeon Keeper, deux titres où nous incarnons des Seigneurs du mal exploitant sans vergogne leurs acolytes. Et, vous vous en doutez, KeeperRL et le titre de Bullfrog partagent de nombreux points communs : c’est en effet un titre qui porte terriblement bien son nom et qui mêle gestion de donjon et roguelike traditionnel. Né de l’esprit de Michał Brzozowski, presque seul homme derrière le projet, KeeperRL fut pendant un temps l’un de ces roguelikes réservés à un public d’initiés de par ses graphismes en ASCII et son développement au long court. En 2014, les quelques 7000$ récoltés via Indigogo permettent au Polonais de s'y dédier pleinement et, un an plus tard, voici que son titre est lancé dans la jungle qu’est Steam.

 

En tant que Keeper, vous avez un seul, et simple, dessein : provoquer la destruction du monde. Pour cela, rien de compliqué, il vous suffit de gérer un donjon et d'organiser des raids sur les factions ennemies. Bien que cela soit plaisant, KeeperRL est, de par son concept même, un titre qui peut vite devenir rébarbatif et répétitif. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai attendu deux ans pour enfin vous en parler : le développement avance et, avec lui, le contenu s’étoffe, l’équilibrage est mieux fichu et l’aléatoire devient plus maîtrisé et maîtrisable. Malgré des bases solides et une expérience plaisante, à moins de souffrir d’un sérieux manque de Dungeon Keeper-like, je vous conseille d’attendre sa sortie finale avant de vous y plonger. Ceci étant dit, ce n'est pas une raison suffisante pour ignorer le projet et ne pas y jeter un premier coup d’œil – n'oublions pas que le but premier d'un accès anticipé est de soutenir les développeurs et d'offrir des feedbacks.

 

  

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est bon de noter que KeeperRL propose deux expériences de jeu distinctes : le mode Keeper, où vous gérez donc un donjon, et le mode Aventurier où, seul, vous vous confronterez aux donjons créés par les joueurs. À l’heure actuelle, ce second mode reste assez brouillon et n'a pas grand intérêt, si ce n’est de découvrir les défenses imaginées par d'autres ; aussi, puisque ce n’est pas le cœur du jeu, nous ne l’aborderons pas ici. Précisons aussi que le mode Keeper se subdivise lui-même en plusieurs catégories : la campagne, contenu principal où joueur, factions et autres joyeusetés sont éparpillés sur plusieurs cartes. Le « Free Play » qui n’est autre qu’une campagne personnalisable. Et la « Single Map » qui est, comme l’indique son nom, un mode où toutes les factions se partagent une grande carte. Ce dernier est le meilleur mode de jeu pour se familiariser avec le titre, les parties étant plus courtes et plus rythmées.

Il est temps de s’intéresser au Keeper et à votre planification de l’Armageddon. Tout vil sorcier que vous soyez, vous commencerez sans le sous, près de montagnes qui, si la génération procédurale vous a été favorable, accueilleront bientôt votre repère. Heureusement, quatre esclaves, aussi nommés diablotins, seront là pour exécuter toutes les tâches ingrates. À comprendre que, si ces derniers n’ont aucune utilité en combat, ils sont essentiels au bon fonctionnement de votre donjon et seront les seuls à daigner collecter des ressources, creuser vos futures salles, égayer votre demeure et nettoyer le bordel laissé par d’autres. De plus, c’est le seul type d’unité qui peut être invoqué à tout instant, sans restriction autre que leur coût en mana – plus vous aurez de main d’œuvre, plus cela sera onéreux. Une fois vos premières pièces creusées dans la roche, il sera temps de récolter du bois. En effet, l’or et le mana ne seront pas vos seules ressources : vous aurez besoin de bois, donc, ainsi que de granite, de fer et d’acier pour construire les différentes structures et crafter divers objets.

 

  

 

Première chose à faire : construire une bibliothèque. Même si votre armée sera constituée d’ogres, de zombies et d’ours au quotient intellectuel limité, vous n’êtes pas un ignare et, sans cabinet digne de ce nom, impossible de rechercher de nouvelles « technologies ». Par là j’entends de nouveaux sorts pour vos mages, différents types d’armes, diverses formes d’artisanat, mais aussi la découverte de mutations humaines et bestiales permettant de recruter de nouvelles unités, ou encore des recherches géologiques qui vous permettront de trouver du minerai. Seconde priorité : la création d’un dortoir. Tout sommaire que puisse être le confort offert à vos troupes dans ces cavernes humides, sans lit, pas de soldat ; sans soldat, pas d’annihilation du monde. Une fois ceci fait, vient enfin le temps des premiers recrutements. En bas à gauche de votre écran, une liste de recrues potentielles se créera et se renouvellera avec le temps – chaque offre étant disponible pour un temps limité.

Cette liste n’est pas uniquement régie par l’aléatoire : ainsi, si vous découvrez des factions amies, celles-ci vous permettront, généralement contre des pièces sonnantes et trébuchantes, de recruter dans leurs rangs – mais, attention, leur nombre n’est pas infini et la permadeath est de rigueur. En outre, certaines conditions seront requises pour recruter telle ou telle unité : pas de créatures damnées sans cimetière, pas de bêtes sans cages et ainsi de suite. Même les unités de base, pourtant gratuites, ne pourront être recrutées sans remplir certaines conditions. Par exemple, les orcs exigent des mannequins d’entraînement, les harpies des armes à distance, etc. Le bestiaire disponible est très varié et il faudra apprendre à faire des choix avisés : si les gobelins font des piètres combattants et sont incapables de s’équiper d’armes et d’armures, ce sont des artisans hors-pair, plus rapides et prompts à concevoir des objets puissants. De même, les chauves-souris et les corbeaux sont fragiles et mordront la poussière dès qu’ils s’approcheront un peu trop des ennemis, mais leur nature volatile et leur célérité sont aussi idéales quand il s’agit d’explorer de nouveaux lieux.

Bien choisir vos créatures est primordial. Au début du jeu votre limite de population – hors diablotins et prisonniers – est fixée à 10, bien que certains objets puissent influer sur celle-ci et qu’à mesure d’efforts et de tripes, votre réputation la fera croître.  Aussi, vous comprendrez qu’avec des effectifs si limités, il sera vain de former une armée composite en un seul et même run, sans évoquer les forces et faiblesses de chacun selon le type d'opposant. De même, il sera vain de dépenser de précieuses ressources dans des structures que vous n'utiliserez pas – les filons de minerais étant limités. Créer un donjon à votre image et engager des combattants, c’est bien, mais cela ne suffit pas. D’une part, parce qu’une armée qui ne commet pas de massacre est inutile, mais aussi parce que votre repère sera vite connu de tous et sujet à diverses attaques.

 

  

 

Un point sur les factions s’impose. Celles-ci sont divisées en quatre catégories : les alliés, les ennemis majeurs – à anéantir pour finir la partie –, les ennemis mineurs et les autres : les villages de paysans, les bêtes sauvages et les créatures quelconques qui ne viendront pas vous chercher des noises d’eux-mêmes. En début de partie, bien qu’elles vous soient hostiles, les factions ennemies n’entreront pas en conflit direct – à moins que vous n’approchiez trop de leurs terres –, c'est vos actions qui les feront s'intéresser à vous. Par exemple, les bandits et les nains essayeront de piller vos biens dès que vos coffres se rempliront d’or ; s’ils sont trop puissants pour vous, ils accepteront des tributs. Les factions elfes ou humaines, elles, prendront très à cœur la sécurité des villages alentours et n’apprécieront guère les génocides. Les créatures mythiques, comme les cyclopes ou les dragons, s’intéresseront quant à elles à votre puissance. Il faut aussi savoir que les factions, alliées ou adverses, sont aussi hostiles entre elles et qu’il est possible que des factions mineures disparaissent sans votre concours.

En bref, votre antre finira par attiser haine et convoitise, et il est donc essentiel que vous vous prépariez à y faire face. Tout d’abord en organisant correctement vos salles : mettre vos bibliothèques, où votre Keeper traîne, près de l’entrée est une erreur de débutant – sachant que la partie est perdue si celui-ci meurt. Ensuite, vous pourrez user de portes et de barricades pour ralentir la progression des attaquants, de totem/œil magique pour repérer les mouvements ennemis en amont. Et si torturer des prisonniers ne fera que renforcer la haine que certains vous vouent, les têtes sur des piques restent un moyen efficace pour démoraliser les adversaires. Plus simplement, vous pourrez aussi crafter et placer de nombreux pièges – attention au friendly fire. Tout cela vous évitera les désagréments causés par les petits pelotons, mais lors de vrais raids la défense se reposera surtout sur vos unités. Il est donc nécessaire de correctement les équiper, d’optimiser vos escouades et de ne pas hésiter à en prendre le contrôle.

KeeperRL est un jeu au tour par tour, bien qu’en dehors des combats les tours s’écoulent d’eux-mêmes – avec la possibilité d’accélérer ou de ralentir la vitesse du jeu quand vous le désirez. À chaque tour, vos unités agiront selon leurs IA, bien qu’il soit possible d’influencer celles-ci en ordonnant, par exemple, à un orc de s’entraîner au lieu de traîner dans la forge. Chaque type de créature aura des comportements différents, les vampires et les loups dormiront le jour pour mieux rôder la nuit venue alors que les ours feront l'inverse, mais à chaque instant vous pouvez aussi prendre le contrôle d’escouades. Vous pouvez les créer comme il vous plaît, leur taille étant comprise entre une unité au minimum et au maximum votre population totale – seuls les diablotins ne peuvent être directement contrôlés. À vous donc d’organiser des pillages, de défendre correctement votre repaire ou tout simplement de visiter les environs.

 

  

 

Si la flexibilité du système d’escouade est l’une des grandes forces du titre, les combats sont en revanche un de ses plus grands défauts. Ils sont très brouillions, l’interface n’est pas toujours très claire – particulièrement quand il s'agit de lancer des sortilèges – et vous ne contrôlez en réalité que le chef du groupe – changeable à la volée –, les autres se contentent de vous suivre et sont régis par l’IA. Comme le titre s’améliore sans cesse, quitte à reprendre de zéro certaines mécaniques, il n’est pas impossible que ce système soit refondu lors de prochaines mises à jour. Plus tôt, je précisais que le mode « Single Map » est idéal pour les débutants, cela est aussi lié à l’IA. En effet, hors contrôle des escouades, c'est l'IA qui gère constamment votre populace militarisée. Et même si cela les mène parfois à la mort, il est appréciable de voir qu’elle est capable d’agir seule, de ne pas laisser vos créatures mourir de faim ou de faire sortir en journée des créatures qui craignent le soleil. Surtout, grâce à elle, le brouillard de guerre s'estompe peu à peu et des nouvelles factions sont découvertes. En revanche, en mode campagne, les cartes sont multiples et vos unités ne s’y aventureront pas d’elles-mêmes, ce qui nuit au rythme du jeu et, éloignement géographique oblige, vous force à laisser votre donjon à la merci de vos opposants.

 

KeeperRL propose une multitude de systèmes. C'est un jeu riche et complet, à défaut d'être complexe. En deux ans, le titre a eu bien des visages et connu des bouleversements majeurs. Là où l’aléatoire régnait jadis en maître absolu, sont arrivés de nouvelles mécaniques, comme les « déclencheurs » d’hostilités des factions ou la barre de recrutement. Bien sûr, le titre a encore bien des défauts, comme le rythme de sa campagne, ses cartes parfois trop vides et manquant de diversité, ou encore son système de combat. Et il est certain que le chemin menant à la sortie finale est encore long – en esperant que les moyens humains ou financiers ne la précipitent pas. Pour autant, je ne peux que saluer le travail de Michał Brzozowski qui reste à l'écoute des joueurs et travaille sur KeeperRL seul – notons cependant qu'il fait appel à deux personnes pour les musiques et certains assets graphiques. Aussi, si le titre n'est, à l'heure actuelle, qu'à conseiller aux curieux que la répétitivité ne lasse pas, il reste prometteur et mérite le détour. KeeperRL est disponible sur Steam et sur itch.io, en DRM-free.

Commentaires (2)

#2

Geralt
Grand chevalier

Super une Preview sur KeeperRL !
Je pense que ce jeu mérite aussi plus de visibilité.
Effectivement dans les dernières maj du jeu, il y a eu de "gros" changements.
Le fait de pouvoir accepter ou refuser une créature dans son armée est un gros plus je trouve. Avant on était un peu trop tributaire de ce que le jeu allait nous proposer, et avoir une chauve-souris ou un Ogre c'est pas la même chose. ^^

Pour ma part, très bonne découverte et je ne m'en lasse toujours pas.
#3

stilz
Novice

J'ai entendu beaucoup de bien de ce jeu.

Suite à cette préview je vais le tester.

J'ai toujours bien aimé ce genre de concepts




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