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Lundi de l'indie #48 : Hyper Light Drifter

par Iosword 06 Fév 2017 14:30 4

Il fut un temps, qui semble bien lointain, où joueurs et développeurs, ayant quitté la sécurité de l’emploi pour réaliser leurs rêves, en étaient encore à leurs premiers émois. L’espoir et les frais billets verts faisaient vivre à ces jeunes couples une idylle où malgré quelques doutes, les projets les fous, les plus inventifs et, parfois aussi, les plus plastiquement réussis, trouvaient sans problème chacun leurs Backers – statut social vague, oscillant entre la donation et la précommande. C’est en cette période bénie que leurs batifolages donnèrent naissance à des projets aussi révolutionnaires – sur le papier – que la Ouya par exemple. Kickstarter, non content d’être à lui seule une plateforme où toute innovation semblait crédible – même celle qui consiste à récolter 55 000$ pour une salade de pomme de terre –, commença aussi à accueillir les grands noms d’un âge d’or perdu. Les ans 2012 et 2013 furent, pour le financement participatif, de grandes années et, même si la confiance entre joueurs et développeurs s’étiolait déjà, c’est cette effervescence qui a donné vie au jeu dont il sera question aujourd’hui : Hyper Light Drifter.  

 

En effet, Hyper Light Drifter n’est pas qu’un simple jeu indépendant, au pixel-art ravissant et au développement ayant longtemps traîné. Non, c’est tout d’abord un projet qui a récolté 645 158$, soit près de 24 fois la somme demandée, et qui aura surpris sa communauté en proposant un jeu difficile et au gameplay précis. Hyper Light Drifter est sorti sur Steam en mars 2016, et je n’ai pas fait partie de ceux qui se sont jetés dessus. Le travail minutieux ayant donné vie à ses écrans – de véritables tableaux aussi fantaisistes que capricieux, vains par la nature même –, me charmait certes ; mais la plastique ne suffit guère et, derrières ses biens beaux attraits, tout me semblait générique : son titre, sa construction évoquant Zelda, et ses mécaniques de combats darksouliennes. Laissant parler mon scepticisme naturel, j’ai évité la communication et les différentes réactions autour du projet. Rien à faire, le train de la hype était parti et j’étais restée à quai. 

 

  

 

J’ai fini par oublier Hyper Light Drifter, son créateur, les milliers de dollars ayant nourri son développement, et finalement je l’ai redécouvert lors des soldes d’hiver. Certaines de mes craintes étaient fondées : s’il n’est pas générique, il n’est pas à proprement parler original dans ses mécaniques. En revanche, son exécution parfaite et son propos en font une œuvre atypique. Reprenons, qu’est-ce que Hyper Light Drifter ? C’est un jeu vidéo en vue du dessus, en 2D, mêlant action et quelques éléments RPG. Le titre prend place dans un univers mystérieux et qui semble apocalyptique, ayant vu plus d’un peuple mourir tandis que d’autres étaient réduit à l’esclavage, un monde qui, s’il semble avoir déjà connu bien des troubles, semble aussi condamné à disparaître. Dans Hyper Light Drifter, aucun mot ne sera prononcé au cours de notre périple : les rares personnages acceptant de converser avec nous s’exprimeront via des illustrations, et tout ce que nous pouvons déduire est donc sujet à interprétation.

Il semble pourtant clair qu’un peuple fait de géants, au savoir technologique bien plus avancé que les bribes de civilisation restantes, ont un jour régné sur ce monde. Un peuple dont nous ne saurons rien – ou presque, puisque à en croire ce qui se dit sur reddit il est possible de décrypter certains des monolithes que nous trouverons au cours de notre exploration. Le joueur incarne ici un Drifter, un vagabond, un être dont nous ne savons rien sinon qu’il est lui aussi condamné. En effet, bien que nous sommes capables de réaliser des enchaînements complexes pour se débarrasser des nombreux ennemis qui rythmeront notre voyage, très vite nous comprenons que notre héros est sujet à des crises lui faisant cracher du sang. Certaines cinématiques, récurrentes, montreront aussi une sorte de créature immatérielle nous transperçant le cœur. Sommes-nous alors en quête d’un remède ? Difficile à dire, tant les motivations du protagoniste nous semblent nébuleuses. En revanche, la manière dont nous devons réaliser notre objectif est, elle, limpide.

 

  

 

La carte du jeu est ainsi divisée en quatre régions, chacune accueillant en son sein un boss à abattre. Au centre de cette map, il y a une ville, seul havre de paix des environs, où il vous sera possible d’échanger des reliques obtenues au cours de votre exploration contre de nouveaux pouvoirs. Et, au centre de cette une ville, une étrange construction que nous activerons au fur et à mesure de notre aventure en collectant des artefacts de forme triangulaire. Chacune des régions est accessible dès le début de votre aventure et il ne tient alors qu’à vous de commencer par l’un des quatre angles cardinaux au risque de vous heurter à un pic de difficulté pouvant rebuter les débutants. En effet, si l’un des problèmes du jeu semble être sa courbe de difficulté en dent de scie – nous y reviendrons –, l’un de ses défauts est la manière dont nous obtenons de nouvelles armes et pouvoirs.

Dans Hyper Light Drifter, l’action est divisée en deux segments : l’exploration qui consiste à retrouver artefacts triangulaires pour progresser et reliques pour améliorer votre personnage, et les combats qui se déroulent quant à eux dans des arènes, souvent fermées, et où vous devrez vaincre vos adversaires et éviter les pièges mortels sur la voie. Individuellement, l’exploration et les combats fonctionnent extrêmement bien. D’un côté, il vous est nécessaire d’observer votre environnement pour activer des mécanismes ou trouver des lieux cachés, le level design est de qualité et la beauté des écrans est saisissante. De l’autre, les combats ressemblent à des chorégraphies où tout n’est que sens du rythme, connaissance des patterns et maîtrise de l’esquive : une formule qui a déjà fait ses preuves. Mieux même, vous vous rendrez vite compte que les patterns des adversaires que vous croiserez dans une zone sont, une fois assemblées, celles du boss.

Là où le bât blesse, c’est qu’au début de l’aventure, vous êtes démunis et les combats ne deviendront réellement plaisant qu’une fois que vous aurez acquis de nouveaux pouvoir et obtenu de nouvelles armes – sachant que les armes ne s’achètent pas, le jeu vous en offre une après chaque boss. Le fait de pouvoir enchaîner des esquives, renvoyer leurs projectiles aux adversaires, de pouvoir transporter plus d’injections de santé ou encore d’améliorer la taille des chargeurs de chaque arme – sachant que vous regagnez des munitions en infligeant des dégâts au corps à corps – ; tout cela ne vous sera possible qu’après avoir exploré minutieusement plusieurs zones. A cela, nous pouvons ajouter la courbe de difficulté en dent de scie : chaque boss représente une crise, un pic de difficulté, là où les premiers ennemis de chaque zone sont – une fois le système de combat compris – d’une facilité déconcertante.

 

  

 

Le mot crise n’est ici pas utilisé au hasard : Hyper Light Drifter a été développé par un studio nommé Heart Machine, il est le fruit de la vision d’Alex Preston, son créateur, souffrant d’une maladie cardiaque. Une fois ces informations en main le titre apparaît alors comme une allégorie de sa pathologie. Tout prend alors bien plus de sens, les pics de difficultés sont autant de crises qui semblent, au fur et à mesure que le jeu avance, se rapprocher, les ennemis formant les patterns des boss autant de symptômes qu’apprend à reconnaître le malade. Le fatalisme du titre qui suinte du titre, son univers et son héros condamnés, une métaphore de la mort qui, bien qu’elle puisse être repoussée, finira par emporter celui qui souffre de telles afflictions. Hyper Light Drifter voulait retranscrire, via ses mécaniques, les épreuves qui rythment la vie de son créateur et sur ce plan-là, il réussit à atteindre ses objectifs.

 

Le titre de Heart Machine est sublime de par ses tableaux, sa musique composée par Disasterpeace, ses combats qui sont jouissifs. Derrière un nom générique, Hyper Light Drifter est atypique. Néanmoins, certains défauts peuvent, quand il s’agit de jouer et non d’analyser, être rédhibitoires, et l’expérience de jeu semble trop courte, s’achevant alors que notre arsenal est enfin complet et maitrisé – il existe, ceci étant dit, un new game+. Le jeu vidéo est, trop rarement, un média permettant aux auteurs de s’exprimer, encore plus rarement quand il s’agit de le faire autrement que par des mots ou de belles cinématiques. De fait, et malgré certains défauts, si les jeux demandant une approche rigoureuse et parfois frustrants par leur difficulté ne vous rebutent pas, et si l’exploration d’un monde magiquement mis en ruine vous attire, alors il serait regrettable de passer à côté. 

 

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Commentaires (4)

#2

Dungar
Novice

C'est vraiment intéressant, j'aime ce type d'articles découverte.
#3

mophentos
Paladin

merci pour ce test ... je vais faire comme toi, attendre les prochaines soldes pour me le prendre.
#4

Nehria
Citoyen

C'est un jeu incroyable, la patte graphique est très belle, le gameplay est très nerveux, la bande est superbe et croyez-moi la difficulté est très présente. C'est un jeu que l'on apprécie calmement, inutile de foncer dans le tas, si vous le faites, vous mourrez dans d'atroces souffrances .
C'est une petite perle qui vaut le coup d'être connu, merci de le faire découvrir
#5

Schwatzy
Novice

Pour avoir participé sur Kickstarter, je peux vous dire que je n'ai pas regretté, le jeu est une tuerie si vous aimez ce genre de jeu. La BO est fat, les graphismes sont magnifiques, et le scenar' est excellent.
Dans le même style, j'attends Undungeon qui va aussi être une perle a mon avis !

Message édité pour la dernière fois le : 20/02/2017 à 16:31





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