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Lundi de l'indie #47 : Beholder

par Iosword 09 Jan 2017 10:00 6

Les Lundi sont un format charmant, d’une part parce qu’ils permettent d’évoquer des titres de moindre envergure, mais non moins intéressants, et d'autre part parce qu’ils nous offrent la possibilité de nous éloigner un peu de notre ligne éditoriale – des dérivés sous amphétamines de Rogue aux héritiers modernes des LDVELH. Le jeu dont il sera question aujourd’hui n’est en rien un RPG et n’en a pas la prétention ; vous ne trouverez pas en son sein d’aléatoire ou de feuilles de statistiques complexes, pas de build ou de stuff. Beholder, avant d’être un objet ludique, est narratif et surtout politique. Enfant né sous l’influence de Lucas Pope, créateur de Paper Please, le studio sibérien à l’œuvre sur Beholder désire dénoncer les lois oppressives que met en place leur gouvernement et n’hésite pas à rappeler les heures sombres de notre histoire moderne. S’il porte un message fort, le titre prend soin de ne pas tomber dans la caricature et place le joueur, et ses choix, au centre de l’expérience.

 

Nous sommes Carl Stein, trentenaire bedonnant et père de famille, nouvellement nommé par le Ministère des Affectations comme propriétaire d’un immeuble. Naïf, nous pourrions croire qu’être propriétaire est un statut enviable, – il n’en est rien. Tout d’abord parce qu’à peine arrivé dans notre nouvelle résidence, en sous-sol, nous croisons l’ancien propriétaire qui passe un mauvais quart d’heure en compagnie de la police ; ensuite parce qu’un médicament expérimental nous a été injecté. Une substance presque magique qui supprime tout besoin de sommeil, et qui nous permet ainsi de passer tout notre temps au service de notre grande patrie. Autant vous le dire, l’immeuble ne vous appartient pas réellement et vous n’en tirerez aucun bénéfice direct, vous êtes un simple fonctionnaire – d’élite, paraît-il – et votre boulot consiste à observer vos locataires, à consigner leurs faits et gestes dans divers rapports et à les dénoncer s’ils enfreignent les directives gouvernementales. Du moins, c’est ce que le Ministère attend de vous.

 

  

 

Avant de remplir de la paperasse, encore faut-il comprendre comment fonctionne le jeu. Beholder est un jeu en vue de côté, en 2D, où vos multiples interactions avec le titre se font grâce au clic gauche de votre souris – et c’est à peu près tout, si l’on excepte la traditionnelle touche échap pour le menu principal. S’il faudra faire preuve d’attention et de gestion, il ne sera en revanche jamais question de dextérité. Posons donc les bases du gameplay : une journée type dans Beholder commence par une visite à votre boîte aux lettres. Chaque jour, une nouvelle directive gouvernementale tombera – pour résumer simplement la chose, les directives sont des interdictions, des délits punis par la loi, comme la possession de devises d’origine étrangère ou certains sujets de discussion. Ce sont donc ces règles arbitraires qui vous permettront de dénoncer à la police les dangereux criminels louant un appartement chez vous.

Seulement, vous vous doutez bien qu’il ne suffit pas d’attendre dans un couloir pour récolter de telles informations. Il faut tout d’abord poser des caméras un peu partout et, plus particulièrement, dans les différents appartements – à noter qu’elles ont des rayons plus ou moins larges –, mais aussi discuter avec eux et tenter, lorsqu'ils sont absents, de trouver leurs possessions interdites. Une fois ces informations en votre main, vous pourrez établir trois types de formulaires : les profils, qui consignent les renseignements importants sur un individu, de ses penchants pour la bibine à sa passion pour la couture. Les rapports qui, preuve à l’appui, dénoncent les turpitudes d’un de vos locataires et l’envoient vers un destin inconnu, et probablement peu glorieux. Et, enfin, les lettres de chantages qui vous permettront, contre une preuve, de menacer un PNJ et d’en tirer une somme rondelette d’argent – à noter que vous serez aussi payé par l’État pour les profils et les rapports.

Voici donc ce que votre grande patrie attend de vous. Or, si Beholder se résumait à cela, nul doute que le titre deviendrait vite répétitif et n’aurait pas grand intérêt. Warm Lamp Games, le studio à l’œuvre, a doté son jeu d’un contexte politique, certes dystopique, mais non moins intéressant. L’État totalitaire, que vous servez, ne nous est pas simplement décrit en toile de fond pour justifier nos actes, il est omniprésent, que ce soit via le journal que vous recevrez régulièrement et qui vous contera les actualités de deux points de vue, celui du Daily News, journal propagandiste d’État, et celui du Voice of Truth, gazette tout aussi propagandiste se voulant la voix du peuple opprimé. Plus encore qu’un simple contexte, certains événements viendront troubler notre routine – comme un attentat ou encore un insupportable camion diffusant des messages d’endoctrinement. Surtout, le titre enrichira son setting avec ses nombreux arcs scénaristiques, à résolutions multiples.

 

  

 

La narration prend ici la forme de différentes quêtes, confiées au choix par le Ministère, votre famille ou vos locataires, qui seront toutes limitées en temps et qui, si vous les résolvez, vous permettront d’obtenir des points de réputation qui vous serviront à acheter des caméras, ainsi qu'à convaincre certains PNJ lors des dialogues. Au début, les tâches sont anodines : notre femme nous demande d’obtenir une casserole pour faire de la compote, l’État d’espionner le locataire de l’appartement n°2, bref rien de bien passionnant. Très vite, les choses prennent une autre tournure : il ne s’agit plus simplement d’observer de loin Mr.X, mais de l’expulser de l’immeuble quitte à inventer des motifs et, votre fils refusant d’aller à la bibliothèque, il faudra peut-être payer ses livres d’économie au prix fort. Chaque décision, même celles qui semblent anecdotiques, ont des conséquences – pouvant aller jusqu’à votre mort ou celle de vos proches. D’autres dépendent simplement de votre morale et vous pousseront à emprunter une voie pleine d’embûches, et ce sans retour en arrière possible.

Là est le cœur du jeu : choisir entre votre bien personnel, l’obéissance, et la révolte. Dit comme cela, c’est très manichéen ; heureusement il n’en est rien. Pour parvenir à vos buts, vous devrez faire preuve de compromis, aucun choix ne vous mènera au bonheur et surtout, en ce bas monde, tout coûte de l’argent – beaucoup d’argent. En effet, que ce soit pour subvenir aux besoins de votre famille, éviter que l’État ne vous arrête, ou encore pour aider certains êtres dans le besoin, vous devrez user de votre influence et de votre portefeuille. Vous devrez apprendre à jouer un double-jeu dangereux, et réfléchir avant d'aider ou abandonner aux griffes de l’État qui que ce soit. Peut-être préférez-vous être un soldat de la Justice du Ministère, quitte à laisser des enfants orphelins ? Ou aider la révolution, si tant est que ce soit possible ? Ou encore peut-être êtes-vous prêt à abandonner vos proches pour vous en sortir plus facilement ?

Beholder est souvent maladroit, et nous pourrions déplorer ses bugs et sa localisation française qui semble avoir été faite via Google Traduction, mais quand il s’agit de vous proposer des trames narratives, aussi simplistes soient-elles parfois, le jeu fait preuve de finesse. Il y a, en effet, une mécanique que je n’ai pas encore évoquée : la gestion des locataires. Vous gérez un immeuble qui contient six appartements, qu’il faudra rénover à chaque fois que le propriétaire changera. Notez qu'une fois un locataire expulsé par la force, il vous sera possible de récupérer ses biens – hors produits interdits – pour les vendre au marchand ambulant qui squatte le bas de votre immeuble chaque nuit, ou encore pour les utiliser comme objets de troc dans diverses quêtes. Sachant que chaque locataire aura des quêtes à vous confier et que certains seront nécessaires pour résoudre les trames narratives d’autres PNJ, autant dire qu’il faut bien les choisir et surtout réfléchir avant de les dénoncer.

 

  

 

En outre, tout le jeu répondant à divers timers, certains partiront du jour au lendemain et il serait dommage de ne pas établir leur profil psychologique avant, voire terminer leurs quêtes, histoire d’en tirer un peu de profit. Sous ses airs de jeu simpliste, et malgré une direction artistique sympathique à défaut d’être transcendante, Beholder arrive à mettre en place une atmosphère pesante qui donne à nos actions, même minimes, une certaine gravité. Malgré une qualité d’écriture toute relative, n'étant pas aidée par la localisation, nous nous prenons facilement au jeu. Les intrigues sont nombreuses, les choix ont de réelles conséquences et, plus que de simples cinématiques de fin, influenceront réellement votre partie. D’autant que le titre est difficile : même dans son mode « apprenti », vos premiers essais risquent de se solder par des échecs. À noter que le jeu sauvegarde automatiquement votre progression et qu'il garde plusieurs saves en mémoire ; il est donc possible de reprendre une partie quelque temps plus tôt sans pour autant vous assurer une mort certaine.

Malheuresement, Beholder n’est pas exempt de défauts, dont certains déjà cités au long de ce papier, le plus rédhibitoire de tous étant qu’il est totalement scripté. Comprenez ici que les trames et leurs embranchements ainsi que les locataires apparaîtront dans un ordre précis que vous apprendrez facilement à connaître. Difficile alors de renouveler l’intérêt, surtout en début de partie. Dommage pour un jeu basé sur les choix et leurs conséquences. Pour ma part, j’ai choisi d’espacer mes sessions de jeu, tentant, sans succès, d’oublier ce que j’avais appris. Malgré tout, j’ai réussi à accrocher au concept et, si je doute de voir un jour toutes ses fins, le titre m’a occupé une bonne quinzaine d’heure.

 

Imparfait, Beholder l’est certainement ; Warm Lamp Games ayant raté une campagne Kickstarter qui devait permettre de leur laisser un peu plus de temps, il n’est pas impossible que le titre soit sorti trop tôt et qu'une partie du contenu ait été coupée. Maladroit, le titre l’est aussi de par un gameplay minimaliste et vite répétitif qui en lassera plus d’un. Seulement, son propos et les choix qu’il offre permettent de passer un moment agréable, enfin si tant est qu’enterrer ses enfants parce que nous sommes radins soit une expérience de jeu agréable, certes. Chacun de nos choix a de réelles conséquences et le jeu tente, avec brio, de ne pas être manichéen – même si une morale, quelque peu évidente, émerge, à savoir : le totalitarisme, ce n’est pas génial. À vous de voir donc si le concept vous tente et si vous vous prenez au jeu.

 

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Commentaires (6)

#2

mophentos
Paladin

petit jeu sympa.

chaque action aura des conséquences (souvent négatives) sur son entourage et il ne faut pas croire qu'une bonne action vous apportera plus de récompense ou de bonheurs ...
#3

Jughurta
Chevalier

Jeu scripté et gameplay plus que limité, j'ai abandonné assez rapidement à cause de ces 2 énormes défauts.
#4

Lairanza
Garde

De ce que j'ai pu voir, c'est intéressant mais le jeu montre assez vite ses limites.
#5

Maeliki
Novice

C'est vraiment dommage que le jeu n'ait pas réussi sa campagne KS... Il aurait certainement été plus complet avec les fonds nécessaires!
#6

Iosword
Grand chevalier

C'est vraiment dommage que le jeu n'ait pas réussi sa campagne KS... Il aurait certainement été plus complet avec les fonds nécessaires!

C'est malheureux en effet, après, il ne faut pas oublier de le prendre pour ce qu'il est (en l'état) un "petit" et premier jeu, certes, mais un jeu qui n'est pas inintéressant pour autant.

C'est d'ailleurs pour ça que j'ai voulu en parler ici, sans écarter pour autant les défauts, car de par les dilemmes moraux proposées la découverte du titre a un réel intérêt - même si on est très loin du jeu de l'année ou même d'un jeu inoubliable et marquant.
#7

Lairanza
Garde

Oui ça reste un jeu à découvrir !




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