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Preview : We Happy Few

par Iosword 11 Nov 2016 10:00 5

Phénomène insidieux, ses graines germent au fur et à mesure des précommandes, malheureusement, ses fleurs sont éphémères et, dans bien des cas, fanent en quelques jours. Elle meurt plus vite qu'elle ne naît et ses séquelles peuvent mettre sur le banc des studios entiers. Elle, oui, elle la hype. L'éliminer de nos habitudes de consommation serait sans doute sain, seulement le jeu vidéo fait appel à l'imaginaire et aux rêves, des domaines où les fantasmes sont rois. Les mots et les extraits habilement choisis peuvent être mystifications, mais parfois la hype, et la déception qui en découle, n'est qu'une question de quiproquo, d’incompréhension. Notre histoire commence en juin 2016, lors de l'E3, alors que la firme de Redmond nous livre l'une de ses plus étranges conférences, ouvrant et fermant son show sur deux consoles différentes ; le trailer d'un jeu, alors inconnu, est diffusé.

 

L’ambiance y est feutrée et art déco. Ce que nous devinons être notre protagoniste censure des journaux, faisant disparaître de l’Histoire ceux qui ne sont pas conformes, et un premier dilemme moral vous guette : prendre ou ne pas prendre de Joy, une substance médicamenteuse. Spoiler : vous n’en prendrez pas, sous peine d’apercevoir l’écran de fin. Dès les premières secondes, l’atmosphère est lourde et un malaise s’installe : votre supérieure porte un étrange masque et vous rappelle qu’une piñata et un anniversaire ont lieu aujourd’hui ; un peu plus loin, une de vos collègues semble être partie depuis bien trop longtemps à en croire les fruits pourris qui ornent son bureau. La Joy ne faisant plus effet, à savoir qu’elle déforme la réalité en nous faisant, presque littéralement, voir la vie en rose, vous découvrez avec horreur que votre lieu de travail est dans un état lamentable et que les friandises contenues par la piñata sont des entrailles de rongeurs. Horreur, vous êtes devenu un downer, un rebut, et une course-poursuite s’engage.

 

  

 

Cinq minutes ont suffi, le successeur de Bioshock est né dans l’esprit des joueurs et de la presse. De fait, quand sort, quelques semaines plus tard, un accès anticipé essoré de toute narration – si nous exceptons le prologue/trailer –, sorte d’ersatz de survival, la déception se fait vite sentir et certains n’hésitent pas à crier à la publicité mensongère. Or le projet de Compulsion Games a une genèse publique, celle d’un Kickstarter qui a récolté près de 330 000 dollars. Derrière son univers dystopique et ses personnages névrosés, We Happy Few annonçait déjà la couleur : procédural, survie, craft et permadeath. C’était écrit noir sur blanc, We Happy Few n’a rien d’un jeu linéaire, c’est avant tout une promesse : celle d’un roguelike narratif « mature », en vue subjective et à choix multiples. Ambitieux, le titre des développeurs de Contrast l’est assurément, et c’est sur cela qu’il devra être jugé lors de sa sortie finale. En attendant, loin d’être complet ou même fonctionnel, il reste un objet atypique dont il convient de parler.

Au pays des références, le lettré est roi. De la citation ouvrant le prologue, « Happy is a country with no past » renvoyant aux propos de Tolstoï , aux inspirations plus ou moins directes,  Alice in Wonderland et Bioshock en tête, en passant par des problématiques similaires à celles qui torturaient Orwell et Huxley, We Happy Few s’est nourri d’un imaginaire foisonnant. Les influences sont si riches et diverses que nous pourrions douter de la capacité de Compulsion Games à livrer un univers original et cohérent. Posons le contexte. Ravagé par la seconde guerre mondiale, l’Albion a perdu de sa grandeur et, de ses ruines, émerge une nouvelle cité : Wellington Wells. Si les quartiers pauvres sont délabrés, les bonnes gens vivent, eux, dans un cadre rétro-futuriste, bercés par les fables de l’Oncle Jack. Ils consomment régulièrement de la Joy, sous peine d’apercevoir les turpitudes de leur monde et d’être pris en chasse par les officiers de police. Utopie d’un monde parfait où seule la Joy peut assurer l’ordre public, quitte à réécrire la mémoire de chacun.

 

  

 

Si nous supposons que le scénario des trois personnages jouables et le mode de jeu « Wellies » tourneront autour de cet univers extravagant, seul le mode « sandbox » est disponible pour l’instant. L’occasion pour nous de jeter un œil à trois des cinq zones que proposera le jeu et de comprendre ses mécaniques. Notre objectif est donc simple, s’enfuir de Wellington Wells, mais pour y arriver encore faudra-t-il ne pas mourir sur la route, tant les dangers sont nombreux. Premier péril, vous-même : comme tout être humain normalement constitué, vous devez subvenir à vos besoins (santé, sommeil, faim et soif). Heureusement, vous disposez d’une piaule et les pompes à eau ne manquent pas, théoriquement ces deux points ne devraient donc pas vous poser problème – théoriquement, car de nombreux effets, comme la Joy, les blessures ou l’intoxication alimentaire viendront perturber votre routine. Reste donc la question des vivres.

Tel un vagabond, vous pourrez remplir votre panse de baies et trouver des restes putréfiés dans les ordures, mais le jeu vous pousse à cambrioler les habitants. L’apprentissage sera dur, vous peinerez à voler quelques broutilles avant que l’IA, au comportement erratique, vous repère et que vous deviez fuir – ou vous battre, si vous avez une arme décente. Puis vous apprendrez à user de ses failles et votre équipement gagnera en qualité. Comme n’importe quel jeu de survie moderne, We Happy Few est avant tout un jeu de gestion d’items et de craft – bien que cette dite gestion soit facilitée par un coffre « magique » et par une planque qu’il vous est possible de redécorer avec vos trouvailles. Du nécessaire de survie (baume, thé, etc.) aux habits, en passant par des armes de fortune (pierre, bâton, piège…), des outils divers (crochets, pied-de-biche…) et enfin par des médicaments. Il vous est possible de créer un sacré arsenal pour peu d’avoir les bons composants, mais aussi les bonnes stations de travail.

Heureusement, le loot aléatoire et les boutiques pourront vous fournir de précieux items et certaines quêtes vous récompenseront généreusement. Si les quêtes principales – ou du moins leurs substituts actuels – sont fixes et ne changeront pas, les quêtes secondaires et annexes dépendront du bon vouloir de l’aléatoire. À comprendre que si celles-ci sont scriptées de bout en bout, leur lieu d’apparition dépendra de la génération procédurale. Une génération encore très perfectible : bien qu’ayant été améliorée par les derniers patchs, les cartes sont (trop) vastes et paraissent (un peu) vides, surtout dans les premiers quartiers en ruines où les rues se démarquent rarement les unes des autres. En outre, bien qu’il soit charmant de s’entretenir avec des pauvres hères détraqués, les quêtes sont actuellement basiques et se résument à du FedEx mal enrobé. Si à cela vous ajoutez une mort permanente – désactivable –, un prix de trente euros, un aspect répétitif, survie oblige, et de nombreux bugs, il est certain que We Happy Few manque d’arguments en l’état et peinera à satisfaire ceux qui cherchent à vivre une aventure scénarisée.

 

  

 

Et pourtant, derrière toutes ses promesses, le titre propose une expérience de jeu atypique et tente de mettre en place les systèmes nécessaires à celles-ci. Car survivre c’est finalement simple, être correctement équipé est primordial et vous pourrez gagner des compétences et des recettes via l’exploration, l’expérience fera le reste. Seulement, l’objectif étant de fuir en traversant différents quartiers, rester dans votre zone de confort et votre planque a peu d’intérêt. C’est ici qu’entre en jeu une autre mécanique : la conformité ou la mort. Dans les bas quartiers, porter des guenilles et être en état de manque est la norme, le temps passera, la peste vous menacera et Hamelyn ses portes vous ouvrira. Or Hamelyn est une terre civilisée, ici les gens portent de beaux vêtements et sont rendus extatiques par la Joy, ici la police guette et la technologie leur offre des moyens de détecter, assez vite, ceux qui se refusent au traitement national. À l'inverse, narguer en beau costume, les poches pleines de Joy, ceux qui en manquent cruellement vous attirera bien des problèmes – notons que, comme pour toute drogue, la consommation de Joy a un coût.

 

Brouillard toxique, lieux invisibles aux yeux du profane, maladies et autres altérations, nombreux sont les obstacles à Wellington Wells. Plus qu’un simple univers, We Happy Few tente de mettre ses mécaniques de jeu au service de son expérience narrative, de rendre unique chaque partie et d’enrichir ses thématiques par l’interaction. We Happy Few ne se regarde pas, il se vit. Du moins, c’est l’ambition portée par ses développeurs, car le chemin est encore long avant de parvenir à livrer une copie propre et agréable à jouer. J’ai comme certains bien plus de tendresse pour les projets qui essaient de réaliser leurs ambitions que pour les clones fonctionnels. Malheureusement, l'espoir et les bonnes idées ne suffisent pas, et seul le temps nous dira si Compulsion Games a su proposer plus que de simples rêveries. Affaire à suivre, pour le moment gardez vos deniers.

Commentaires (5)

#2

Marcheur
Garde royal

Petite correction, le jeu a été présenté pour la toute première fois en 2015 dans la conférence Xbox, aux côtés de l'impressionnant et mystérieux Ashen et le rafraîchissant et très attendu Cuphead, trois jeux extrêmement intéressants.

Sinon même après avoir testé le jeu en démo sur One: je peux pas m'empêcher de trouver l'idée brillante et l'exécution pour le moment assez encourageante, pour le coup, l'early access est une nécessité absolu.
Je suis souvent en face du jeu, prêt à l'acheter, mais je ne suis pas sûr qu'à long terme le projet soit viable, ça paraît vraiment trop gros pour une structure aussi modeste, même avec le soutien de Crosoft c'est hautement improbable que le jeu tienne ses promesses.

Enfin, je préfère voir un jeu trop ambitieux qu'un énième jeu narratif minimaliste à la con. Je le prendrais quand il y aura une promotion, juré
#3

Geralt
Seigneur

Elle, oui, elle la hype. L'éliminer de nos habitudes de consommation serait sans doute sain


La hype c'est la soeur de la nostalgie. Deux petites pestes quand elles s'y mettent, si je peux me permettre. ^^

Bon sinon, sur le jeu j'en avait pas lu grand chose dessus, mais son univers me tentait beaucoup (fan de l'univers Bioshock forcément) et du coup j'ai été bien déçu de voir sa véritable orientation lors de gameplay...
J'ai pas l'impression que ça court vraiment les rues les jeux sur ce "sujet".

Honnêtement, là le scénario mis de côté, c'est un peu dommage pour ma part. Vraiment pas certain que j'y jouerai/intéresserai plus que ça.

Pourtant moi j'étais déjà hypé par la première séquence du jeu.
#4

Marcheur
Garde royal

Le seul jeu dont je suis hype là tout de suite, c'est Scalebound, par Hideki Kamiya et Platinum Games, et j'ai raison de l'être, tous ceux qui connaissent le projet, et qui ne le sont pas, ont un problème.
Kamiya, K-A-M-I-Y-A, monsieur Bayonetta, monsieur Viewtiful Joe, monsieur resident evil 2, monsieur Okami, monsieur DMC.

Enfin voilà, ma seule hype.
#5

Iosword
Grand chevalier

Petite correction, le jeu a été présenté pour la toute première fois en 2015 dans la conférence Xbox, aux côtés de l'impressionnant et mystérieux Ashen et le rafraîchissant et très attendu Cuphead, trois jeux extrêmement intéressants.

Oh je sais, mais la hype autour de We Happy Few est née avec le trailer de 2016 (et donc sa couverture médiatique et l'histoire que je raconte ici), une grosse partie de la presse n'avait pas vraiment remarqué le jeu l'année précédente. Et, si on veut vraiment être précis, le kickstarter du jeu a été lancé une dizaine de jours avant l'E3 2015.


Honnêtement, là le scénario mis de côté, c'est un peu dommage pour ma part. Vraiment pas certain que j'y jouerai/intéresserai plus que ça.

Le scénario, comme dit dans la preview, devrait être plus présent dans la version finale du jeu. Peut-être qu'à ce moment là, le jeu t’intéressera ou peut-être que le projet aura été tué par sa propre ambition, on verra.

Message édité pour la dernière fois le : 11/11/2016 à 23:44

#6

Geralt
Seigneur

Le scénario, comme dit dans la preview, devrait être plus présent dans la version finale du jeu. Peut-être qu'à ce moment là, le jeu t’intéressera ou peut-être que le projet aura été tué par sa propre ambition, on verra.


Oui, après c'est clairement ma faute, je me suis pas renseigné et j'en attendais "autre chose".
Reste que ce genre d'univers de dystopie/utopie m'attire beaucoup, je le garde dans un coin.
J'espère surtout que le jeu ne va pas rester en alpha jusqu'à la nuit des temps et qu'ils ne vont pas se contenter d'améliorer le concept de base.
Donc ouais, on verra.

PS : Et ce qui prouve encore mon ignorance, c'est ce que j'ai été surpris de voir une Preview du jeu ici. ^^ Mais apparemment il rentre dans la case.




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