Vendredi 31 Mars 2017, 00:33     Connectés : 7      Membres : 6


Mot de passe oublié ?

Pas encore de compte ?

Lundi de l'indie #46 : The Curious Expedition

par Iosword 24 Oct 2016 10:00 4

C’est en se tournant vers l’action que le roguelike est devenu populaire, comme je l’évoquais dans la chronique précédente dédiée à Enter The Gungeon. Les codes du genre sont désormais connus de tous, mais l’une de ses plus importantes composantes semble être passée à la trappe. Qu’il soit question de survivre dans un environnement hostile, de découvrir un monde fantastique non moins cruel ou de plonger dans les entrailles d’un donjon labyrinthique, l’appel au voyage a toujours fait partie de l’identité du genre. Or, découvrir un univers, ce n’est pas qu’apprendre par cœur les mille et un items d’un Isaac, les subtilités d’un Faster Than Light ou les patterns des créatures de Rogue Legacy, c’est aussi, tout simplement, tâtonner dans un nouveau monde. Cela tombe bien, c’est ce que le maladroit – mais non moins intéressant – The Curious Expedition a bien compris.

 

Sorti de son Early Access au mois de septembre, et vendu une quinzaine de deniers sur Steam et GOG, le titre des berlinois de Maschinen-Mensch est simple à pitcher : le joueur y incarne un grand nom du XIXe siècle qui doit prendre part à six expéditions, dans divers endroits du globe, pour y trouver des pyramides d’or et marquer l’Histoire au fer rouge. Seulement, d’autres explorateurs rêvent eux aussi de gloire et sont en concurrence indirecte avec vous ; entre ces derniers, la faune, la flore, les aborigènes et vos propres hommes, le voyage sera rude. Si la génération procédurale est de la partie et vous réserve de bien belles surprises, l’une des bonnes idées de ce jeu est ses personnages jouables. Ceux-ci sont au nombre de dix-sept, vous les débloquerez au fur et à mesure de vos échecs et de vos réussites, et ils vous permettront de vivre des (débuts de) parties sensiblement différentes.

 

  

 

En effet, chaque personnage dispose d'un trait de personnalité propre, par exemple Charles Darwin est ici un lépidoptériste, ce qui vous permettra de régénérer une partie de votre santé mentale à la vue de ces bestioles ; Marcus Garvey, en sa qualité de politicien, peut recruter plus d’hommes, mais sa trop grande autorité diminue la santé mentale totale du groupe. Outre cela, vous commencez avec des hommes de classes prédéfinies (et/ou animaux) ainsi qu’avec du matériel spécifique. Une fois votre choix fait, le jeu s’ouvre sur un court dialogue introductif vous présentant les IA adverses et vous demandant de choisir la difficulté. Un conseil, ne faites pas le fier et commencez par la plus simple, l’un des principaux défauts du titre étant son manque de clarté pour le nouveau joueur : rien n’est fait pour vous faciliter la vie et vous serez obligé d’expérimenter et d’apprendre sur le tas, quitte à ce que cela vous coûte la vie, permadeath oblige.

Fébrile, vous voilà en partance pour votre première expédition, mais avant toute chose, une phase de préparation est nécessaire. Lors de cette étape, que vous retrouverez à chaque début de round, un PNJ vient vous voir avec une quête secondaire que vous accepterez ou non (escorte, recherche de personnes disparues, vols d’objets sacré, etc.) ; vous pourrez également acheter du matériel supplémentaire contre de la monnaie sonnante et trébuchante, améliorer vos animaux si vous en avez – ce qui vous permettra de transporter plus d’objets –, ou encore recruter de nouveaux hommes. À l’inverse, en fin d’expédition, vous pourrez choisir une nouvelle compétence pour votre personnage principal, allant d’un nouveau trait de personnalité à des compétences passives, donner au musée les artefacts que vous avez trouvés pour augmenter votre renom (score) ou les vendre à un collectionneur pour le bien de votre bourse.

Maintenant que nous avons évoqué la structure du jeu, il est temps de s’intéresser à la phase centrale : l’exploration. Vous arrivez, avec votre navire, sur les côtes d’une région inconnue – et les ennuis commencent. Votre objectif, comme dit précédemment, est de vous rendre à la Pyramide d’or mais aussi de ramasser le plus d’objets précieux sur la route (et de survivre). Un brouillard de guerre vous guette et, à moins de grimper sur chaque montagne, vous devrez faire preuve de prudence, car même si votre voyage sera ponctué de combats et de phases textuelles, le nerf de la guerre est le déplacement. Chaque pas, ou plus exactement chaque case, vous coûtera des points de santé mentale qu’il sera possible de régénérer en vous reposant ou en consommant des vivres. Heureusement, pour éviter d’être aliéné et de faire face à des conséquences peu appréciables allant du cannibalisme à la désertion de vos hommes, il vous est possible de réduire le coût de santé mentale de chaque déplacement grâce à des objets.

 

  

 

Les machettes, les cordes, le matériel d’escalade ou encore la dynamite, voilà tant d’items que vous consommerez bien trop vite à vos yeux. Ils ne sont pas nécessaires et il vous est tout à fait possible de traverser une jungle sans détruire la végétation au passage, à condition de pouvoir se reposer ou de disposer de suffisamment de whisky pour motiver vos troupes. Outre ces objets de première nécessité, de nombreux autres viennent complexifier les mécaniques de jeu, comme les cartes aux trésors, les kits de soin, les parchemins magiques vous offrant des pouvoirs à usage unique mais extrêmement utiles, ou encore les poupées vaudou qui vous permettent de ralentir vos ennemis. Si à tout cela – et à bien d’autres – vous ajoutez les précieux artefacts qu’il vous faut récolter pour gagner la partie, et votre inventaire limité, vous comprenez qu'avant toute chose, The Curious Expedition est un jeu de gestion d’objets. Par chance, certains lieux, comme votre navire ou les monastères, vous proposeront des espaces de stockage et les aborigènes sont (presque) toujours prêts à marchander.

Revenons à l’exploration : les cartes – générées procéduralement – sont divisées en plusieurs biomes (jungle, désert, plaine, marais, montagne, etc.) qui pourront subir des modifications plus ou moins handicapantes pour le joueur que nous sommes. Prenons un exemple : dans certaines cartes de fin de partie, des volcans sont présents et des éruptions ont lieu ; s’en approcher est donc peu recommandable. Mais parfois, comme par surprise, après avoir volé un temple ou un autel, des forces mystiques tenteront de se venger en provoquant des inondations ou, plus grave encore, en créant des crevasses. Attention où vous mettez les pieds ! Sachez aussi que voler les trésors archéologiques locaux pourra faire baisser votre réputation et compliquer vos relations avec les indigènes, qui refuseront de vous héberger ou de vos prêter main forte. Celle-ci dépend aussi de la manière dont vous les traitez : affirmer que la vie civilisée est supérieure à la leur sera rarement bien pris. De même pour les membres de votre groupe : refuser une lampée de bourbon à un alcoolique est juste, d’autant que c’est une ressource précieuse, mais la loyauté dudit ivrogne en prendra un coup.

 

  

 

Toutes ces interactions sociales passent par des phases textuelles, les événements disponibles, à défaut d’être très nombreux, étant suffisamment variés pour qu’elles ne soient pas redondantes. Comme dit quelques lignes plus haut, vos hommes vous sont plus ou moins loyaux selon votre comportement, mais aussi selon leurs propres convictions. Chacun d’eux a une classe attribuée limitant son domaine de compétence : le diplomate, essentiel à moins d’être polyglotte, le cuisiner, seul capable de cuisiner de la viande ou des conserves – allez savoir pourquoi –, le journaliste, pouvant vous apporter du renom supplémentaire, le soldat, aussi essentiel que classique, le chaman, etc. De fait, comme votre groupe est limité à une poignée de personnes, le choix de ceux-ci sera crucial et d’eux dépendront votre manière de jouer et vos objets de prédilection. De plus, ceux-ci sont soumis à des traits de personnalité négatifs ; là encore un panel assez varié s’offre à vous : de la pyromanie à la superstition, du racisme au sexisme... Tout cela conditionnera là encore votre expérience de jeu, pour le meilleur et pour le pire.

Dernière mécanique importante à évoquer, le système de combat, au tour par tour. Pour faire simple, les capacités de chaque personnage s’expriment en D6 – à cela vous pouvez ajouter certains objets pouvant intervenir en combat, là encore sous forme de dés. Pendant un combat, il vous sera possible de lancer votre réserve de dés trois fois en espérant obtenir les faces qui vous conviennent, sachant qu’il est possible de les stocker. Puis il vous faudra les combiner pour réaliser des compétences diverses et variées. Si vos personnages peuvent sortir blessés d’un affrontement – j’espère que vous avez prévu des kits de soin, car les plaies s’infectent et peuvent vous coûter la vie –, sachez que vous ne perdrez aucun homme si vous le gagnez. En revanche, si tous vos hommes sont élimés, le game over pointera le bout de son nez. Ce système, au premier abord très austère, est, une fois pris en main, d'une efficacité redoutable.

Cœur du problème : encore une fois rien n’est fait pour aider le joueur et il vous faudra essayer toutes les combinaisons possibles avant d’avoir une idée de vos compétences et des stratégies à adopter. Les couches de gameplay de The Curious Expedition sont cryptiques et, par bien des aspects, le titre est un die and retry un peu frustrant que je déconseillerai aux impatients. Et je n’ai pas encore évoqué l’aléatoire parfois très arbitraire : si la difficulté des cartes est progressive – et en ce sens, elles sont très bien pensées – il peut arriver que, suite à un événement textuel, les biomes soient totalement modifiés et que vous vous retrouviez bloqué par une chaîne de montagnes infranchissable – à moins d’avoir un parchemin de téléportation ou de la dynamite, votre partie est alors foutue pour pas grand-chose.

 

  

 

Pour finir, The Curious Expedition n’est disponible qu’en anglais, même si, le jeu n’étant pas très littéraire, un bas niveau dans la langue de Shakespeare suffira ; une version allemande est prévue – le studio étant germanique, rappelons-le – et il n'est pas improbable qu'une traduction communautaire française finisse par voir le jour. Graphiquement, le jeu n’est pas de toute beauté, mais son pixel art bien animé reste parfaitement lisible et la direction artistique a un charme certain. Au niveau audio, il n'y a pas grand-chose à redire, le sound design manque parfois de dynamisme et la bande-son est de bonne facture, quoique très vite répétitive, mais au vu de la taille du studio et du genre du jeu, on aura tôt fait de leur pardonner et d'écouter autre chose.

 

The Curious Expedition est un titre qui tente de rendre ses lettres de noblesse à l’exploration et qui, en basant son concept même sur la découverte, propose une expérience de jeu différente de la plupart des jeux « concurrents ». Bien qu’il soit plus un jeu de gestion d’items qu’un jeu d’exploration parfois, le concept fonctionne à merveille et les couches de gameplay, très nombreuses, sont un plaisir à découvrir à force d'expérimentation et de situations absurdes. The Curious Expedition est aussi un jeu difficile, il est donc grisant d'apprendre peu à peu à jouer et de quitter les difficultés les plus simples pour aller vers une mort certaine. La rejouabilité est donc bien présente, les secrets nombreux et le titre a tout pour vous plaire. Malheureusement, comme il n'est jamais didactique, il est aussi très maladroit et ne peut être conseillé qu’aux joueurs persévérants.

 

Retrouvez tous nos "Lundi de l'indie"

Commentaires (4)

#2

targus
Noble

Et c'est parti pour la traduction française !Lien vers le forum dédié aux traductions du jeu
#3

targus
Noble

Traduction et corrections terminées !
Le lien se trouve sur le forum de Maschinen rubrique "translations" :
Lien vers forum 'translations'
#4

mophentos
Paladin

même si je ne vais pas jouer au jeu, je te remercie pour cette traduction. c'est toujours cool que des gens traduisent des jeux en vf ;)
#5

oAmyoAmyo
Noble

même si je ne vais pas jouer au jeu, je te remercie pour cette traduction. c'est toujours cool que des gens traduisent des jeux en vf ;)


Tu m'etonnes. Surtout quand la traduction rejoint directement ton jeu via un patch steam! C'est encore plus simple qu'avant, quand tu devais stocker des kilometres de lignes de traduction pour à chaque fois que tu réinstallais ton jeu!




Voir tous