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Lundi de l'indie #45 : Enter The Gungeon

par Iosword 17 Oct 2016 10:00 1

Le langage n’est pas figé, et s’il le devient c’est que la langue se meurt. Si ce principe peut s’appliquer à la langue française qui change au gré des usages – et non des réformes, mais c’est un autre sujet –, il peut aussi s’appliquer aux termes vidéoludiques. Ainsi, jadis, le mot roguelike renvoyait aux héritiers de Rogue ; depuis la sortie de Binding of Isaac en 2011, cette appellation semble perdre de sa substance. Si certains principes ont été conservés, tels que la permadeath et l’importance de l’aléatoire, d’autres ont été jugés obsolètes, comme les combats au tour par tour et les feuilles poussées de personnages. Derrière une imagerie grotesque, Edmund McMillen et Florian Himsl ont réinventé un genre. Désormais tourné vers l’action, le roguelike / roguelike-lite / roguelite  – ou n’importe quel terme qui vous sied – a fait bien des émules, la plupart étant des ersatz oubliables. Heureusement, certains développeurs sont plus imaginatifs et, sans cacher leur inspiration première, arrivent à nous livrer bien plus qu’une mauvaise copie. Enter The Gungeon est de ceux-là.

 

Allégorie de la géhenne vue par les fanatiques d’armes, le titre de Dodge Roll vous plonge dans un univers étrange. Vous incarnez un Gungeoneer, une sorte d’aventurier maudit désirant mettre la main sur une arme capable de changer son passé. Problème : pour obtenir le précieux artéfact, il vous faudra venir à bout du Gungeon, des zélotes qu’il abrite et des nombreux pièges sur votre route. Si Enter The Gungeon est, comme ses semblables, un jeu à gameplay et que l’histoire prend ici une importance moindre, il me faut évoquer l’ambiance de ses lieux. Cela peut sembler anodin, mais l’atmosphère offerte par Binding of Isaac, mélasse de références bibliques et de penchants scatophiles, pouvait facilement nuire au plaisir de jeu de certains joueurs. Enter The Gungeon, lui, est délirant et déluré, drôle et imaginatif quand il s’agit de trouver des jeux de mots, cohérent aussi bien dans son bestiaire que dans son loot, référencé à l'extrême pour notre plus grand plaisir. En une phrase, il arrive à construire un univers fascinant.

 

  

 

Cela, il le doit en grande partie à son pixel art de qualité et à ses animations sublimes – du rechargement d’une arme, aux mouvements de cheveux, en passant par le décor en grande partie destructible –, le jeu est un bonheur pour nos rétines. En outre, l’absurdité de son bestiaire et des armes que nous allons trouver ne peut que faire sourire, d’autant que chacune dispose de son propre feedback et est un plaisir à utiliser. Seul regret, malgré une belle bande-son, le sound design, lui, est assez négligé. Trêve de bavardage, si l’univers du titre me captive – tirer avec des armes à feu sur des balles qui vous tirent elles-mêmes dessus avec d’autres armes à feu, c’est peu banal – Enter The Gungeon se vaut avant tout pour ses mécaniques de jeu.

La difficulté est quelque chose d’intimement lié aux roguelikes, et le titre de Dodge Roll ne déroge en rien à la règle : l’arme que vous recherchez est cachée au plus profond du Gungeon, et vous mourrez de nombreuses fois avant d’y parvenir. Pire, la difficulté est adaptative et, à mesure que vous progressez, le bestiaire et les pièges seront de plus en plus variés. Heureusement pour vous, les quatre héros disponibles – d’autres se débloqueront par la suite – semblent aussi immortels que persévérants et tenteront sans cesse d’aller plus profond dans les entrailles du donjon. Heureusement là encore, ils disposent d’une capacité rare qui vous sauvera la vie lors des phases de combat, mélange entre un twin stick shooter et un bullet hell : une roulade. Première différence avec Isaac qui n’avait que ses yeux pour pleurer, l’esquive dynamise ici l’action et vous permet de vous sortir in extremis de bien des situations. Attention toutefois, dès le second niveau, de nombreux pièges font leur apparition et une roulade mal placée pourra vous mener à la mort.

 

  

 

Seconde différence, comme dit plus haut, le titre est un twin stick shooter et vous permettra d’être précis dans vos tirs, selon l’arme bien sûr – si l’arbalète vous permettra de viser les yeux d’un adversaire, difficile d’en dire autant du « Rien de plus simple », un pistolet-tonneau lançant des poissons encore frais à la figure de vos ennemis. Votre arsenal sera ainsi varié, et il vous sera possible d’acheter des armes en cours de run, d’en looter ou même d’en acheter dans la brèche (HUB du jeu) une fois que vous aurez trouvé et libéré le marchand. Plus extravagantes les unes que les autres, les armes auront des effets variés, un nombre de munitions précis et limité, des chargeurs de tailles variées et vous seront plus ou moins utiles selon le type d’ennemis auquel vous faites face. À côté de cela, vous trouverez des objets actifs ou passifs qui, eux aussi, pourront changer votre manière de jouer et offriront à chaque tentative sa singularité.

L’aléatoire occupe donc une place centrale dans le gameplay, comme le veut la coutume, mais, point important, celui-ci ne condamne pas une partie. En effet, si certaines armes vous paraîtront inutiles ou ne vous plairont pas, le jeu est généreux en loot et la boutique en proposera aussi très régulièrement, pour peu que vous ayez quelques cartouches à dépenser. De plus, vous disposez d’une encyclopédie qui répertorie tous les objets et armes que vous avez découverts, ainsi que votre équipement actuel. Plus qu’un simple codex, l’Ammonomicon vous offre une description précise, et humoristique, pour chaque item, de sorte que vous compreniez toujours sur quelle bizarrerie vous êtes tombé. En outre, si les pièges sont nombreux et que certains coffres n’hésiteront pas à vous croquer, les objets à effets négatifs n’existent pas.

Si Enter The Gungeon est un titre difficile qui cache son lot de secrets, il tente de ne jamais être frustrant et les développeurs semblent avoir mis tout en œuvre pour que le jeu, à défaut d'être simple, soit accessible à tous. Les patterns des ennemis, et les différents types de projectiles de couleurs vives, sont lisibles, l'action rarement noyée par les nombreux effets, et le titre met en place des téléporteurs pour éviter aux joueurs des allers-retours dans ses niveaux assez vastes. Dans le même ordre d'idée, il récompense les bons joueurs sans jamais pénaliser les débutants, ainsi si un joueur qui tue un boss sans se faire toucher se verra offrir plus d'items, celui qui a trimé et failli mourir trouvera aussi chaussure à son pied. Sachez, pour finir, que le titre n’est pas avare en contenu (quêtes de chasse, raccourcis, donjons cachés, etc.) dont je me garderai bien de parler ici tant le plaisir de la découverte est important dans les roguelikes. Sachez aussi que des ajouts de contenu gratuit sont régulièrement proposés et qu'une extension payante enrichira le jeu en 2017.

 

  

 

Dernier point, Enter The Gungeon laisse aussi le joueur interagir avec son univers et ses environnements : les PNJ auront toujours quelques mots à vous dire et, comme dit plus tôt, une bonne partie des objets ornant les pièces de chaque niveau sont destructibles. Si cela permet de bien jolis effets, l'intérêt n'est pas que cosmétique. Les lustres peuvent, à votre demande, tomber et écraser vos adversaires, les brasiers enflammer un pan de la pièce, les divers tonneaux (d'explosifs, d’eau, d’huile et de poison) créent des surfaces – vous pouvez d'ailleurs les déplacer de salles en salles – et surtout les tables (et les murs) peuvent, une fois retournées, vous servir de couverture – notons que certains ennemis savent aussi se protéger. À mesure que vous apprendrez les patterns des différentes créatures, vous vous abriterez de moins en moins, mais pour le nouveau joueur une table est une chance de salut. Tout du moins un salut provisoire, car elles aussi sont destructibles.

 

Je pourrais continuer à louer les mérites d’Enter The Gungeon, néanmoins certaines surprises doivent être conservées et c’est avant tout un titre à expérimenter. Un jeu capable de réconcilier, avec ce nouveau sous-genre, ceux qui n’ont jamais réussi à accrocher à Binding of Isaac et qui a, à mes yeux, largement dépassé le maître. Enter The Gungeon est un jeu exigeant et probablement perfectible aux yeux de ceux qui y joueront des centaines d’heures durant, mais en se débarrassant du côté frustrant et cryptique de son aîné, en équilibrant son aléatoire, en étant juste avec son joueur, Dodge Roll livre ici un jeu jouissif, tout simplement.

 

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Commentaire (1)

#2

mophentos
Paladin

j'hésitais à me le prendre ... mais ton test et les avis très positifs sur steam vont surement avoir raisons de mes doutes ...




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