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Les lundis de l'indie #11 - Tales of Maj'Eyal

par all_zebest 22 Juil 2013 07:18 4

Tales of Maj'Eyal, dit ToME, on en a déjà parlé plusieurs fois sur RPGFrance. Discrètement, au détour d'une news ou d'une rapide mise à jour. Depuis quelques temps, le jeu, développé en solo par un drôle de bonhomme répondant au doux nom de DarkGod, s'est positionné sur le marché du roguelike commercial en concluant un deal fort intéressant avec la plate-forme indie par excellence : Desura. Et ce n'est pas innocent.
Le présent article revient sur le pourquoi et est une compilation plus ou moins réécrite de diverses interventions de votre serviteur sur le sujet au cours des derniers mois.

 



Talajomaneyal ! Un jeu (manifestement Toltèque) pas facile à dire, avec des jolis artworks.
 

Or donc, disais-je, ToME sur Desura, "c'est pas innocent." Surtout quand on sait que le jeu est toujours disponible pour zéro euros sur son site officiel. Pour en comprendre les raisons, un peu d'histoire pour situer le bouzin ne me semble pas du luxe car, s'il ne se découvre qu'aujourd'hui sur le terrain des "grosses productions," ToME est depuis quelques années déjà un des indispensables poids lourds du genre.

A l'origine de ToME, il y a un roguelike considéré aujourd'hui comme un classique : Angband, sorti en 1990 et inspiré, comme son nom l'indique, des travaux de Jean René Robert Tolkien.
Angband, développé collectivement sur Unix et dont le code est totalement libre (comme 98,74% des roguelikes), a la particularité d'avoir été décliné en un nombre incalculable de variantes et de vrai/faux rejetons parmi lesquels on citera, totalement au hasard, ZAngband (d'après l'univers de l'auteur Roger Zelzany) ou l'impressionnant UnAngband (qui ajoute des tonnes de monstres au jeu de base et y inclus même LA campagne du Seigneur des Anneaux, rien que ça). Pour la petite histoire, sachez que parmi ses lointains successeurs, on trouve un certain Diablo.

Lors de ses premiers essais de développeur, DarkGod s'était d'abord attaché à faire une variante de ZAngband située dans l'univers de Pern et logiquement nommée Pernangband. Le cycle de Pern est une série de romans de science-fiction d'Anne McCaffrey et, de fait, non libre de droits. Suite a une plainte fort logique des détenteurs des-dits droits, DarkGod changea de background et Pernangband devint ToME, contraction de "Tales of Middle Earth" ou Troubles on/of Middle Earth, les sources étant contradictoires.

En tant que variante d'Angband, ToME est en réalité disponible depuis octobre 1998. Comme Pernangband toutefois, il se voit obligé de changer de setting après que les ayant-droits de la saga de Tolkien se soient lancés dans une chasse aux sorcières suite à la sortie des films ; DarkGod, voulant s'éviter des ennuis, change son background de son propre chef.
A l'époque, ToME, qui a déjà accueilli de larges changements à la formule Angband d'origine pour devenir son propre animal dans sa "version 2," est en développement sous sa forme trois point zéro. Avec le changement d'univers, il est décidé de revoir l'intégralité du jeu. ToME3 est abandonné et ToME4 voit officiellement le jour, animé par son propre moteur, le T-Engine, quelque part en 2008. La date reste toutefois sujette à débat, les sources étant quasi introuvables et ma mémoire de la chose particulièrement floue. Toujours est-il qu'après 215 versions beta, le mois de Décembre 2012 a vu enfin apparaître une version finale, déjà patchée plusieurs fois depuis.
Notez, pour les archéologues de l'informatique et les amateurs de Tolkien, qu'il est toujours possible de télécharger ToME2. Attention les yeux, ceci dit, c'est en ASCII. Au passage, n'oublions pas non plus TomeNET, version online de ce même ToME2 et toujours développé en parallèle de ToME4 (mais pas par DarkGod).

 



Le vieil Angband et la délirante interface multifenêtre de TomeNET.


Après cette longue leçon d'histoire, attardons-nous sur le gameplay. Après tout, vous êtes venu jouer, non ?
Que vous soyez un vieux 'coreux ou un débutant, vous avez bien fait. ToME4 est le roguelike moderne (les puristes parlent de "troisième génération") par excellence, avec une interface tout souris, des tooltips, des menus contextuels quand on fait clic droit et tout ce qu'il faut pour ne pas se perdre. C'est simple comme bonjour et, pour être tout à fait honnête avec vous, ça ressemble un peu à une interface de MMORPG. Si d'aventure vous pensiez que ce n'est pas encore suffisant question accessibilité, son moteur de jeu est ouvert, moddable et configurable comme on l'entend. Des tonnes de petits utilitaires sont à télécharger pour vraiment faire de votre expérience sur ToME une promenade de santé.
Par contre, il n'y a pas d'animations, on n'est pas dans The Pit. Le titre regorge néanmoins d'effets, notamment pour les sorts, et les sprites personnages sont évolutifs en fonction de votre équipement.

Le système de jeu se base surtout sur les compétences du personnage, il y a un paquet de skills à disposition et la fiche de personnage ressemble plus à celle d'un RPG classique qu'à celle d'un roguelike et n'est pas sans rappeler, là aussi, les MMORPG.
Dans le même ordre d'idée, ToME est centré essentiellement autour du combat et certains des choix de gameplay sont surprenants pour un roguelike. On trouvera par exemple des sorts à cooldown, voulus comme une barrière au spam de compétences surpuissantes à haut niveau. La gestion du cooldown sera vitale, d'ailleurs, car l'équilibrage fait que même en jouant un barbare, il faudra veiller à utiliser ses compétences avec soin et non se contenter de taper comme un bourrin. N'oubliez pas que le jeu est au tour par tour. (Notez en passant que toutes les classes et races ne sont pas disponibles d'entrée et nécessitent d'être débloquées en accumulant des heures de jeu et d'XP.)
On trouve également très peu de consommables, on n'a pas à se soucier d'identifier quoi que ce soit et on ne gère pas la faim. Par contre, il y a du build de partout et des possibilités très amusantes à tester (gare toutefois aux déséquilibres, ToME ne pardonne aucun faux pas à ce niveau là.)
Toujours en rapport avec ses faux airs de MMO, on serait facilement tenté de farmer comme un cochon. Si vous êtes adeptes de la chose, n'espérez même pas : les monstres ne respawnent pas et les magasins gardent toujours le même inventaire. Pour progresser, il faut avancer. Et ça tombe bien, car on ne se contente pas de visiter un donjon dans ToME. Il y a une map gigantesque (et aléatoire comme il se doit), avec plein de trucs à visiter dont des donjons, forcément et des quêtes confiées par quelques (rares) PNJs.
 




Un donjon bien rempli pour lequel il vaut mieux choisir ses skills avec attention...


Le niveau de difficulté est une chose étrange qui dépend, comme souvent dans un roguelike, des paramètres de jeu. Selon la classe et la race de son personnage, la capacité à survivre aux assauts répétés du bestiaire change radicalement. Toutefois, même avec un personnage gonflé à bloc et en vivant un début de partie facile, ToME reste un roguelike de la fin des années 90 savament caché sous une couche de modernisme, un jeu retors à souhait qui prendra un malin plaisir à vous faire tomber au moment où vous vous y attendez le moins, one-shoté un beau tour par un mage hors-champs ou d'un coup de masse par un orc qui semblait pourtant inoffensif. Si vous trouvez Dungeons of Dredmor difficile, vous allez pleurer.

ToME, c'est tout ça, et plein d'autres trucs encore. Pour bien faire, il faudrait un test détaillé en bonne et due forme pour tout explorer correctement et, comme ce Lundi de l'indie commence à devenir bien long, le mieux est encore d'aller voir par vous-même : ToME est pour beaucoup le meilleur roguelike du marché et il n'est pas arrivé à cette place pour des prunes.

 



Une explosion et un évènement aléatoire.
 

Il me faut toutefois mettre un bémol à cet élogieux portrait. En toute honnêteté, si je comprend parfaitement ce qui fait la qualité et le succès de ToME, il est loin, diablement loin, de faire parti de mes roguelikes de référence. J'ai toujours vu dans ce jeu une version streamline d'ADOM.
ADOM, c'est vieux, moche, dur, compliqué, mais passionnant. C'est aussi le premier roguelike a avoir tiré parti de maps extérieures quasiment totalement ouvertes et à avoir introduit des PNJs. D'une manière générale, je trouve qu'il manque quelque chose au gameplay de ToME. Quoi ? Je ne saurais le dire. Je citerais bien la faim ou le loot aléatoire que je considère comme quasi-indispensables dans un roguelike, mais j'ai des jeux qui en sont dépourvus (DoomRL, par exemple) et qui sont pourtant furieusement fun et accrocheurs. J'ai souvent fait la comparaison avec les MMO pour l'interface et l'accessibilité et, indiscutablement, ToME est à mes yeux comme le World of Warcraft du roguelike. Et je ne dit pas ça comme un mauvais point, attention. C'est indiscutablement bon, bien foutu, plaisant, profond et toutes ces sortes de choses, mais c'est juste définitivement pas mon style.

Ce qui ne m'empêche pas, vous l'aurez compris, d'en dire beaucoup de bien, parce que c'est vraiment vraiment bon et que j'aime toujours y faire un saut de temps en temps. ToME est, avec le bien plus roots Dungeon Crawl Stone Soup, le pinacle du roguelike moderne. D'ailleurs, il est roguelike de l'année 2010, 2011 et 2012 chez ASCII Dreams, un des sites de référence dans le domaine. Une valeur sûre, donc.

 



Les décors de ToME sont variés et les extérieurs, parfois nocturnes, une vraie bouffée d'air frais,
mais on n'en oublie pas pour autant les sombres cavernes
(avec en prime la vision infra rouge, pouvoir fort utile du mage).


Comme je vous le disait en introduction, ToME est désormais disponible sur Desura. Il l'est en fait depuis Janvier 2013 et la sortie, gratuite, de la version 1.0.0. En Mai, la version 1.0.4 a vu le jour sur la plate-forme pour un peu moins de 10€ tout en restant disponible gratuitement sur le site officiel pour tous les Oncles Picsou du monde (dont, sans honte aucune, je fais partie).
Le prix pourra paraître fort élevé pour un jeu qui reste avant tout un freeware, mais la nature de l'accord conclu avec Desura est particulière : DarkGod est propriétaire à 100% de son jeu et le considère encore et toujours comme libre et open source, dans la grande tradition du roguelike. L'acheter sur Desura n'est qu'une manière pour le public de financer le développement du jeu pour un prix défini et, somme toute, bon marché. Acheter ToME sur Desura, c'est exactement comme backer le jeu via les paiements Paypal possibles depuis 2008 directement sur le site officiel du jeu. Ça ouvre au "donator," ce sympathique joueur ayant décidé de soutenir le projet, quelques bonus en jeu et, surtout, un accès aux versions beta des mises à jour ainsi qu'une vue "de l'intérieur" du processus de développement et un mot à dire sur les choses qu'il aimerait voir apparaître dans le jeu. Autrement dit, à l'image même du jeu, une version modernisée du développement participatif... "Dans la grande tradition du roguelike."
 

Commentaires (4)

#2

Baalka
Grand chevalier

Beaucoup de roguelike, dans les lundi de l'indie.

M'enfin, tant que c'est bon...
#3

Batman
Grand gobelin

On se le disait avec Skoeld (qui reste un peu notre Monsieur Rogue Like faut dire), et en effet, c'est un genre qui à la cote chez les studios indépendants. L'avantage c'est q'un rogue like peut être rapidement développé avec peu de moyen tout en proposant une durée de vie illimité puisque essentiellement basé sur l'aléatoire.
#4

skoeldpadda
Garde royal

En même temps, si on me laisse écrire, je parle bien plus volontiers des jeux qui me branchent. Et du roguelike, d'où que ça vienne, ça me branche. A mort.

Mais promis, la semaine prochaine, ce ne sera pas un roguelike
#5

Baalka
Grand chevalier

D'un côté, ToME, il fallait en parler un jour!

Message édité pour la dernière fois le : 22/07/2013 à 21:07





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