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Chronique #20 : La trilogie Hellgate : London

par all_zebest 02 Fév 2013 10:30 5

Hellgate : London est un de ces projets ambitieux, en grande partie réussis, mais qui ont souffert d'aléas financiers. Ce hack'n slash post-apocalyptique situé dans un Londres détruit par une invasion démoniaque sortie de la "Porte de l'Enfer" (Hellgate) n'a pas réussi à faire vivre ses développeurs, Flagship Studio, pourtant à l'origine de Diablo et Diablo II. La raison en est surtout le multi en ligne requérant un abonnement pour du contenu supplémentaire et la gestion maladroite de Bill Ropper. Au début du projet, un contrat fut signé avec l'écrivain Mel Odom, prolifique auteur, ayant déjà travaillé au contrat sur les séries BuffyAngel et Blade et l'adaptation romanesque de l'univers de Diablo, Sanctuaire (The Black Road). Le romancier d'Oklahoma produisit donc la trilogie qui lui fut commandée et que je vais vous présenter.


 

Avant tout, il faut savoir que la trilogie, composée d'Exodus, Goetia et Covenant, n'a vu que son premier volume traduit en français, et ce en deux tomes, parus aux éditions Fleuve Noir et traduits par Fabrice Joly. Seule la couleur de l'illustration de couverture, la même que celle de l'édition originale, diffère d'un volume français à l'autre. J'ai donc lu Exodus en traduction et les deux autres en version originale. En bonus, j'évoquerai également, plus brièvement, la bande dessinée d'Ian Edginton et Steve Pugh. 

Avant de m'attaquer au fond, un mot sur la version française. Outre la division en deux tomes, on pourra regretter la tranche pas assez jolie ou le papier de mauvaise qualité, à l'anglo-saxonne. Pourtant, le texte français a fait l'objet de soin et aucune coquille n'est à déplorer, ce qui n'est pas le cas du texte original, surtout le volume II, Goetia, qui compte au moins 4 fautes de frappe par page : une horreur, même pour un non anglophone de naissance comme moi, c'est dire. On dirait que le texte a été tapé à la machine puis passé par un logiciel de scan à reconnaissance de caractères. Ainsi, "he" est orthographié "lie" et de nombreuses phrases ont des mots absurdes qui en remplacent d'autres, ou une ponctuation aléatoire. Cela gène la compréhension et doit être noté. Si le défaut n'a pas été réparé dans les éditions ultérieures - je n'ai toutefois pu vérifier l'édition Kindle - dans le troisième volume la relecture a eu lieu et la facilité de lecture s'en ressent.

Du point de vue de l'objet, les couvertures sont magnifiques : ce sont les artworks du jeu, avec les titres en relief, effet superflu s'il en est, mais typique des livres américains. Le papier est de très basse qualité, mais là aussi, c'est presque la norme des livres de ce pays. Enfin, on notera le petit "bonus" du troisième tome : un court extrait de la deuxième bande dessinée, d'Arvid Nelson et J.M, plus typée "manga" ou en tout cas vendue comme telle, imprimée sur du beau papier blanc. Cette série ne connut pas de deuxième volume. C'est dommage, car le dessin était très soigné et l'action efficacement retranscrite. Coïncidence amusante, son héros, John, est le sosie du héros du présent roman, Simon.

 

 

Synop​sis :

 

A présent venons-en au vif du sujet. L'action du livre se passe quelques années avant celle du jeu, dans un futur proche. Simon Cross, jeune templier anglais de la maison Rorke, a quitté sa base secrète car il avait perdu la foi et ne supportait plus de passer sa vie à s'entraîner dans la perspective d'une éventuelle invasion démoniaque. Parti dans la réprobation générale, le jeune homme, athlète complet et force de la nature, s'adonne au base jump avant de partir s'établir en Afrique du sud comme guide. Or, un jour, l'impensable se produit : Londres est attaqué par des démons. Au départ, le monde croit à une invasion extra-terrestre, mais très vite, il faut se rendre à l'évidence : ces bêtes cornues qui mangent les humains tout crus sont bien des diables. Simon, ni une ni deux, décide de rentrer au pays protéger la population. En chemin, il fait la connaissance de la belle Leah Creasey qui s'avère SPOILER... être un membre du MI6 fusionné avec les forces spéciales, la faction des Chasseurs (jamais nommée dans la trilogie). FIN DU SPOILER.


Au même moment, Warren Schimmer, un jeune Anglais métis méprisé par ses colocataires mais détenteurs de pouvoirs paranormaux, est confronté à l'invasion. Très vite, il va se trouver sous l'emprise de Merihim, un démon ayant perçu chez lui un potentiel hors du commun. Le jeune "magicien" va donc devenir ce que les profanes surnomment un "Cabaliste" et sa route va l'amener à croiser celle de Simon, pour son plus grand malheur... Par la suite, il fera la connaissance de Naomi, une jeune cabaliste s'étant greffé des cornes de démon, à la fois maîtresse et disciple intéressée par la puissance grandissante de Warren. Celui-ci reste hanté par son passé douloureux et la peur du démon qui l'a mis en esclavage. Mais tout changera pour lui lorsque Merihim lui fera dérober un vieux livre... De son côté, Simon fera la connaissance du professeur Macumber, un linguiste visionnaire, et devra gérer les jalousies ainsi que des problèmes de logistiques liés à son statut de chef rebelle et Leah, véritable tête brûlée, trouvera un appui inespéré en la personne d'une de ses supérieures, Lyra Darius. De maigres avancées en lourdes pertes, chacune des trois factions découvrira l'horrible progression du Mal dans le monde.

 

L'avis de​ RPG ​FRANCE :

 

Le livre a tout du roman feuilleton, avec des fins de chapitres qui relancent l'intérêt (des "cliffhangers") et une alternance de scènes entre Simon, Leah et Warren. Même si le premier volume est davantage centré sur Simon, le second sur Warren et le troisième sur Leah et les autres personnages. Chaque volume commence par nous présenter un personnage qui finira mal, donnant une certaine épaisseur humaine à ce drame pessimiste. Les relations entre les personnages sont suffisamment fouillées pour susciter l'intérêt sur la longueur, malgré certains un peu caricaturaux comme Nathan, le meilleur ami de Simon, et ses tics de langage "à l'anglaise". L'auteur, bien qu'écrivant en anglais américain, a inséré des mots du vocabulaire de l'anglais britannique pour faire couleur locale, non sans succès la plupart du temps. Habitué à écrire des romans de guerre ou sur la vie militaire, Odom est particulièrement à l'aise avec la description des scènes de combat ou des armes. Bien que les scènes de descente en rappel et toutes celles d'infiltration ou de poursuite le long des immeubles soient quasiment incompréhensibles. Qui est où ? Qui fait quoi ?

J'ai note aussi quelques invraisemblances, comme Lyra qui au milieu du roman, apparaît avec une couleur et une longueur de cheveux différentes, à croire qu'elle a eu envie de se mettre une perruque blonde en pleine guerre. La scène de combat au début du tome III, qui s'éternise, a de quoi agacer un peu, mais mis à part tous ces détails, force est de reconnaître que la trilogie est extrêmement addictive. Difficile de s'arrêter. On veut toujours savoir la suite des aventures de Simon, le prince charmant sans peur et sans reproches, de Warren, torturé par la peur et obligé de se perdre par des actes abjects. Sa relation trouble d'utilisation réciproque-sollicitude tendre avec Naomi, Leah tiraillée entre ses sentiments et sa mission pour une bande de vieux chnocks...

Les histoires de rivalités internes, de trahison et même de tendresse sont au final bien plus prenantes que les scènes de combat, techniques, brouillonnes et laborieuses, mais jamais lentes, heureusement. Tout va vite, et l'auteur, en habile conteur, sait ménager des pauses au moment opportun et toujours nous surprendre. Ce rythme qui repose sur une technique bien rôdée et les personnages, certains attachants, d'autres irritants, d'autres encore déplaisants comme il convient, font de cette oeuvre un divertissement de qualité dont je ne peux que recommander la lecture.

Cette trilogie, qui se conclut tout en laissant une fin ouverte, aurait normalement dû être suivie d'une autre. L'échec commercial du jeu en aura voulu autrement. En l'état actuel, elle est tout à fait cohérente en soi et peut être lue sans qu'on connaisse le jeu. Les amateurs de ce dernier seront en revanche comblés.

Venons-en à présent au bonus : la première bande-dessinée. Là aussi, c'est une bonne surprise. L'histoire, basique, est bien menée, complète. Chaque faction (Templiers, Chasseurs et Cabalistes) envoie un représentant et les trois doivent récupérer un précieux grimoire au début de l'invasion démoniaque. Le dessin est joli, assez réaliste, même si le soldat change d'apparence et d'âge, semble-t-il, d'une case à l'autre, ainsi que Jessica dont les cheveux (encore ?) changent continuellement de longueur. Comme souvent dans les comics, les mouvements ne sont pas décomposés et les scènes d'action sont souvent représentées par de grandes vignettes, souvent en pleine page. C'est beau, impressionnant, mais ça manque clairement de mouvement. Là encore, on suit parce que c'est bien fait, mais on n'atteint pas le chef d'oeuvre. Pour un travail de commande, le niveau est toutefois bon. C'est de l'artisanat de qualité et on en a pour son argent. Là encore, je ne peux qu'en recommender la lecture, même si cette fois je la réserverais aux seuls amateurs du jeu.

 

 

Pour conclure, j'ai lu ces ouvrages avec un grand plaisir et malgré mes critiques, j'aimerais vous transmettre le plaisir divertissant qu'ils m'ont procuré. Si vous aimez l'aventure avec des personnages charismatiques, la trilogie est faite pour vous. Vous passerez un bon moment, comme devant un film à gros budget réussi. Dommage qu'elle ne soit pas adaptée au cinéma. Elle aurait pu faire fureur.

 

Les liv​res :

 

Hellgate London Exodus, tome I, Paris, Fleuve Noir, février 2008, 246 p.
Hellgate London Exodus, tome II, Paris, Fleuve Noir, février 2008, 340 p.
Hellgate London Goetia, Pocket Star, février 2008, 466 p.
Hellgate London Covenant, Pocket Star, août 2008, 465 p.
Hellgate London, Ian Edginton & Steve Pugh, Dark Horse Comics, juin 2007, 104 p.
Hellgate London Volume I, Arvid Neldson et J.m, TokyoPop, avril 2008, 192 p.

 

L'auteur :

 

Mel Odom, né en 1957, vit à Moore, Oklahoma, avec sa femme et ses enfants. Il a écrit des dizaines de livres, adaptations de jeux vidéo ou de séries télévisées et a reçu le Prix Aqlex pour son roman The Rover. Il est aussi entraîneur de baseball dans la Little League, enseigne les techniques d'écritures et tient un blog de critique cinématographique, littéraire et ludique.

Son site.

Commentaires (5)

#2

Etienne Navarre
Gobelin

Et merci Allzy, tu m'as donné envie de rejouer au jeu !
En tout cas, ça a l'air intéressant dans le genre puisque leur univers a le mérite d'être unique et plutôt original.
#3

Baalka
Grand chevalier

Merci pour la critique! C'a l'air plutôt bien ficelé scénaristiquement ces bouquins, pour une commande à partir d'un jeu vidéo, c'est déjà pas mal. Mais j'avais absolument jamais entendu parler de ce h'n's, par contre, je dois dire. J'suis pas fan du genre, mais la thématique a l'air cool.
#4

darth traya
Seigneur

J'ai lu les deux premier tomes excellent tous les deux, d'un autre ton qu'hellgate en lui même bien plus sombre et intéressant.
Dommage pour le final de la trilogie que je n'ai pas lu mais je conseille les deux premiers tomes et le jeu qui est affreusement enivrant à aspirer ton âme...
#5

all_zebest
Héros

darth traya, va vite me lire ce tome III, je te prie !
Baalka, voilà une lacune de réparée. Dommage que tu n'aimes pas les hack'n slashes. Celui-ci a entre autres particularités celle de pouvoir se jouer à la 3e ou à la 1ere personne. En outre, l'aire de jeu compte de nombreux niveaux. Malgré ses défauts, ce jeu s'est bonifié avec le temps, faute de réel concurrent. Et maintenant, un ordi récent peut le faire tourner presque tout au maximum et ça pète bien. Je te conseille aussi le roman, si tu sais lire l'anglais.
#6

darth traya
Seigneur

effectivement all mon anglais s'étant amélioré depuis ces 5 années qui sépare ma lecture des deux tomes (comprends qu'à 11 ans c'est pas le trip de lire un bouquin full anglais )

Message édité pour la dernière fois le : 04/02/2013 à 23:13





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